MALES MiP-PSfCBOlOeiQUES.
JOVRIVAli
L’.4LI^N4TION MENTALE
ET DE
LA MfiDECTNE LEGALE DES ALTENES.
AN NILES
MEDICO-PSYCHOLOGIQUES
JODRHAl DESTINE A IIECUEILLIR TODS LES DOCDVENTS RELATIFS A
L’ ALIENATION MENTALE,
ADX NKVROSES ,
ET A LA MEDECINE lEgALE DES ALIEN^S;
BAILLARGER CERISE
^y!\. MOREAU (DE TOURS)
90152
PARIS
LIBRAIRIE VICTOR MASSON,
PLACE DE l’£COLE-DE-SIEDECINE 1860
JOCRNAIi
OE
L’ALIENmON MEN TALE
ET DB
LA WfiDECINE I.EGALE DES ALIENES.
DE LA
DECOUVERTE DE LA PARALYSIE GENERALE
ET DES
Nous avons vu que Bayle, dans sa these, avail envisage la para- lysie gendrale d'une maniere toute nouvclle et ajoutc a son his- toire le grand fait 6tiologiquc de la congestion. Son second tra¬ vail, public en 1825 (2), complete sa doctrine par un autre fait non moins important. Je veux parler de la connexion du d61ire des grandeurs et de la paralysie g6nerale.
(t) Suite ct fin. Voir le numero prficWent.
(2) Nouvelle doctrine des maladies mentales. Broch. de 52 pages.
ANNAL. MtD.-PSYCH. 3' sirie, t. VI. Janvier 1860. 1. i
DE LA. DECOUVERTE
Les malades atteints de delire ainbltieux formeiil;, dans les asiles, deux categories ires distinctes.
Chez les uns, qui sont en petit nombre , les idees de gran¬ deurs parfaitement cooidonn6es out iiii caractere remarquable de fuite. Ces malades, qui se croient des personnages illustres et s’attribuent de grands pouvoirs, alTectent souvent le ton du coinniandeinent. lls sont cn general peu cominunicatifs, vivent cl i’ecart, et sont plutot tristes que gals. Froisses sans cesse dans leurs pretentions cliimeriques, ils deviennent irritablrs et com- niettent quelquefois des actes de violence. On n’observe point d’ailleurs, chez eux , d’excitation habituelle. beurs idees soul suivies et ils defendent leurs conceptions deiirantes avec une sorte de logique.
C’est la veritable monomanie d’orgueil telle qu’on la com- prend generalement aujourd’hui.
Mais, k cote de ces malades, il en est d’autres bien plus nom- breux et qui offrent des caracteres differents.
Ceux-lk ont aussi une haute opinion d’eux-memes, ils se croient de grands personnages ; ils sont riches et puissants, mais, en meme temps, ils se font remarquer par leur expansion et leur gaite.
Leur physionomie exprime le contentement. Leurs idees de grandeur ne sont pas fixes comme chez les premiers, mais va- rient, au contraire, assez souvent sous I’influence de frequents paroxysmes d’excitation. Alors ils se preoccupent peu de mettre d’accord leurs pretentions de la veille avec celles du lende- main.
Ces malades, malgre une excitation habituelle, assez legfere il est vrai, n’en ont pas moins ete classes pendant longtemps parmi les monomaniaques.
Esquirol parait meme avoir eu plus particulidrement en vue cette classe d’alienes lorsqu’il a trace le tableau general de la monomanie :
0 Chez les monomaniaques , dit-il , les passions sont exaltdes
DE LA PARALYSIS G6n£RALE. 3
et expatisives ; aytint le sentimeut d’un 6lal de sant6 parfaite et inall6rable , d’line force miisculaire augmentee, d’uii bien-etre gfihfiral, CCS malades saisisseiu le bon c6t6 des choses ; satisfaits d’eux-memes, ils sont contents des aiitres, ils sont heureux, joyeitx, commimicatifs ; ils chantent, rient, dansenf; doinines par Voryueil, la vaniti , V amour-propre , ils se complaisent dans (ears convictions vaniteuses, dans leurs pehsSi s de gran¬ deur, de puissance, de richesse; ils sont aclifs, petulants, d'une loqUncite intarissnble , ils parlent sans cesse de leur felicite; ils sont susceptibles , irritables ; leurs impressions sont vives, leurs affections 6nergiques, leurs dfilerminations violentes ; enne- niis de la contrari6t6 et de la contrainte, ils sc mcttent facile- mcnt en colcre et metne en fureur. »
Ce sont ces malades doniinCs par des id6es de grandeur, de puissance et de richesse, heureux, joycux , contents d’eux- m6ines et des iiutres et qu’Esquirol a classes parmi les mono- nlaniaques, qui, d’apres Bayle, onl le triste privilege de mourir presque tous avec des symptomes de paralysie gcn^rale.
La connexion entre le ddlire des grandeurs et des richesses et la paralysie generale lui a paru si intirae, qu’il n’a pas ba¬ lance a faire de celte mouonianie ambitieuse la premiere p6- riode de la paralyse gCnerale.
La description donnfie par Bayle de ce dfilire special qui con- court a caraetCriser le d6but de la paralysie g^nfirale a tant d^analogie avec le tableau de la nionouianie d’Esquirol, qu’il cst impossible de ne pas admettre que les deux auteurs ont voulu parler des mfimes malades au moins pour le plus grand norabre des cas. C’est ce que prouve le passage suivant sur I’invasioii de la paralysie generale :
Y«Ht-Cette iiialadie, dit Bayle, debute par un eiat de monomanie ambitieuse, et par une exaltation plus ou moins grande, qui, rSunies it une Ifigbre paralysie incomplete et generale, caracte- risenl essentielie'ment cette. p6riode. Les malades s’iniaginent loutii coup qu'ils sont riches, puissaiits, 61eves en digiiites, cou-
U DE lA DfiCOUVERTE
Yens de distinctions et de titles. Les uns croient leur fortune doubl6e, triplee, quadruple, centupl6e; les autres, oubliant I’dlat de misere dans lequel ils se trouvaient an moment de I’alie- nation, ne pensent plus qu’aux trfisors dont ils se croient en possession ; ils font des projets gigantesques qui doivent leur rap- porter des sommes iminenses ; ils achetent lout ce qu’ils rencon- Irent; ils ne sont occupes que des acquisitions qu’ils doivent aire.
n Uomin^s par ces idees, ils en parlent sans cesse et ne pen- sent plus k autre chose. Leur babil est inlarissable ; ils s'echauf- fent en parlant, et se mettent facileinent en colere lorsqu’on les contrarie sur leurs idees extravaganies. Leur figure est, en gene¬ ral, rouge 6panoule, et expriine le contentement et lajoie que leur font eprouver leurs ricliesses et leurs grandeurs. Ils chan- tenf, rient et sont dans un etat d'hilarite et de gaite remar- quables. Ils r6pondent d’une manifere assez raisonnable sur la plupart des objets etrangers a leur d61ire exclusif. » >J j
A cette premiere periode de raonomanie ainbitieuse su^de, d'apres Bayle, un d61ire maiiiaque avec predominance d’id6es de grandeurs; enfin , la inaladie se termine par la demence, avec quelques traces du d61ire qui a ete observe dans les deux pre- niikres periodes,
Les conceptions dfilirantes ambitieuses avec expansion et loquacite constituent done le delire special de la paralysie gend- rale, et, par consequent, un des principaux symptoraes de cette affection.
Cependant, ce delire, qii’il ait la forme monomaniaque ou qu’il s'accompague d’agitation maiiiaque, n’existe pas soul.
Bayle note I’existence de la demence des la premiere pdriode, mais I’affaiblissement de I’intelligence, masqud en partie par,le ddlire, n’occupe encore que le second rang, et ce n’est que dans la deriiiere pdriode qu’il devieut, an contraire, prddominanl.
La paralysie gendrale est done caracterisce par deux ordres de symptbmes : les lesions de I’intelligence et les Idsions des
DE LA PAHALYSIE GfeN^HALE.
mouvemenls, Les premieres tomprennent elles-inames deux phfenonif'iies de nature tres differeiite, le ddlire dea grandeurs et la ddmeiice ; enfiii la congestion c6rebrale lente ou rapide est le point de depart de I’affection.
Telle est, au point de vue des symptomes essentiels, la doc¬ trine de Bayle.
Elle entrainait dans la pathologie mentale, des changeinents d’une assez grande importance.
Desormais, en effet, I’attention 6lait appel6e sur les accident* congestifs qui prficMent certaines foliesou eu marquent led^but. Ces accidents devenaient un (Sl^raent grave de pronoslic, parce qu’ils pouvaient, it I’avance, faire craindre le dfiveloppement de la paralysie gdndrale. — • Maisle fait le plus important, c’esl la signification particuliere qu’acquerrait le dfilire ambitieux, signi¬ fication jusque-ia tout it fait inconnue.
Ce ddlire ambitieux Stait un second 616inent de diagnostic et de prohostic doiit le medecin ne manque plus de se prtoccuper au d(5but ou dans le corns de la folie.
• Enfiu , comme je I’ai dit, au lieu de deux maladies qn’on dislinguait chez I'aliene paralytique, il n’y en avait plus qu’une seule formee de deux ordres de symptomes.
II faut encore ajouter que la paralysie , telle que la compre- naient Esquirol.Georget et M. Delaye, ne survenant tr&s souveiU qu’apres une dur6e assez longue de I’alit^nation mentale , dtait une maladie secondaire , une maladie des olicnes, landis que daiis la doctrine de Bayle, elle ddbutait d’embl6e chez des sujets jusque-ia sains d’ esprit, la folie qui prfictSdait la paralysie n’6tant plus elle-mfime qu’une p^riode de cette maladie.
Je n’ai pas besoin de faire ressortir I'int6r6t de ces faits ; i suflit de les indiquer.
Quant a la description des symptomes donnee par I'auteur dans ce second travail, elle est trfes etendue et trts complete ; elle n’occupe pas moins de vingt pages. Au lieu de s’en tenir a la division en trois p6rio;les , il a subdivis6 les deux derni^res
DE LA DtCOUVERTE
en plusieurs degrfe, avec cles varielCs pour cjuelqiies-uiis de ces degres. Je n’ai d'ailleurs poiot a analyser cette description de 1825, qui ae dilfere par aucun point essentiel de celle que contient la monographie publiee I’annee suivanle. — 11 ne me reste plus, pour terminer ce qui a trait aux travaux de Bayle, qu’it recherchor si c’est bien reelleinent a cet auteur qu’on doit attribuer Ic merite d’avoir decouvert la connexion des accidents congestifs et de la paralysie gen6rale, et celle du ddlire ambilieux avec la memo maladie.
Depuis longtenips j’ai rapporle a Bayle I’honneur d’avoir indi- qu6 le premier le rapport des accidents congestifs avec les folies ambitieuses et la paralysie gen6rale (1). Je ne sacbe pas qu’au- cune reclamation se soit 61ev6e & cet 6gard. Loin de lb, M. Cal- meil vient de confirmer recemment I’opinion que j’avais 6raise b cet egard. « M. Bayle, dit-il, a eu le m6rite d'insister plus que tout autre et de bonne heure, sur cette verite, que certaines ma¬ ladies b marche chronique des centres nerveux intra-craniens 6taient souvent precedees de pres ou de loin par des attaques de congestion cer6brale (2). »
All reste, c’est en 1822 que Bayle a signal^ ce fait dans sa . these, et avant lui Lsquirol (181A1816) et Georget (1820) n’avaient absolument rien dit des accidents congestifs corame propres aux alieufis paralytiques.
Je dois ajouter que, dans le passage ci,t6 plus haut et extrait de I’ouvrage de M. Calmeil, I’opinion de Bayle ne me paraitpas avoir 6lfi appreciee d’une manibre completeinent cxacte. Ce n’est pas, en cffet, Ams certaines maladies cer6bralcs,c’est-a-di re dans plusieurs, que Baylea signale les accidents congestifs, c’est dans une seule maladie, la meningite chronique ou alienation ambi- tieuse, avec paralysie. On comprend tout ceque ce fait perdrait d’importance pour le diagnostic et le pronostic, si la congestion
(1) Annates midico-psychologiques, 18*7, t. IX, p. 334.
(2) TraM des maladies inflammaloires du cerveau, t. I, p. 434.
DE LA PARALYSIE GfiN^RALE. 7
c^robrale pr^cMait plusieurs especes d’alienation iiientale et iion une seiile ; iiiais c’est bien positivemeiit dans ce sens reslreint que I’a conipris Bayie, ainsi que le prouvc le passage suivant :
0 I,a congestion c6rebrale, dit-il en parlant de rali6nalion ambitieuse avcc paralysie, est constante dans cette maladie, et n’existc point dans les autres especes d’alienation mentale qui tiennent k des lesions d’une autre nature. Aussi, lorsqu’on ap- prend qii’un ali6ne a file alteint, avant I’invasion du delire, d’uue alleclion dans laquelle il a perdu d'une manifcre plus ou inoins longue ou plus ou moins marquee I’usage du sentiment et du mouvement, on pent affirmer d’avance, et sans crainte de se tromper, que ce inalade est atteint d’une inflammation chro- niqiie des m6ninges. En effet, je n-’ai pas vu im seal cas ob un seinblable jugeinent eflt induit en erreur. »
Ce pa.ssage, que j’emprunte au Traile des maladies du cer- veau de Bayie, d6montre que I’opinion de I’auteur etait absolue. Tout alieu6 qui avail 6le frapp6 de congestion peu de temps avant I’invasion de la folie ou au debut de celle-ci, devait devenir paralytique. i.a congestion cerebrale etait done un caraclbre propre h I’alicnation ambitieuse avec paralysie.
Telle est, en realite, sur ce point, la doctrine de Bayie. II ne songe meme pas a faire une exception en faveur de la demeiice sfinile paralytique qui est aussi souvent prficed^e d’une ou de plusieurs congestions cer6brales.
J’arrive au fait non moins important de la connexion du d^lire ambitieux et de la paralysie generale. Ce rapport si (Strange et qui constitue I’un des pbbnomenes les plus curieux de la patho- logie mentale, n’a et6 soupconne ni par Esquirol, ni par Eo- der6, ni par Georget, ni par SI. Delaye, dont les ouvrages out pr6ced6 de quelques ann6es le travail public par Bayie en 1825.
Esquirol, comme on I’a vu, a tres bien dd'crit lesfolies ambi- lieuses, inais sans mentionuer letir rapport avec la paralysie gen6- rale. 11 avail seulemcnt, dans un passage de ses articles du Grand dictionnaire des sciences medicates, indique « que les folies entretenues par les id6es religieuses el par I’orgueil gu/;.
DE tA DECOUVERTE
rissent rarement, » mais les v6rilables moiiomanies d’orgueil gu<;rissenl, en effel, rarement, alors meme qu’elles ne sent pas le prdlude de la paralysie g6n6rale. 11 en est de ineme des niouo- manies religieuses. D’ailleurs, il n’est en aucune maniere ici fait mention de la paralysie comme cause de cette incurabilite.
Fod6r6 a cite des exemples de inanie ambitieuse, et il ne pa- rait pas avoir soupfonn6, plus qu’Esquirol, le rapport de cette maladie avec la paralysie. Il se borne a faire ressortir la diK- reiicedu ddlire ambitieux avec la melancolie. <iLed61ire niania- que produit par des idees de gloire, de richesses, de bonfieur et de conCentement , tel que celui des exemples que je viens de rapporter, n’a , dit-il , aucun rapport avec la m6lancolie et lui est entifcrement oppose. »
M. Delaye, comme on I'a vu plus haut, sp6ci(ie dans un pas¬ sage do sa thl'se cedes d’entre les folies qui sont plus souvent que les autres compliquEes de paralysie gen6rale, et il ne inentionne pas les folies ambitieuses.
La description de la paralysie musculaire chronique que j’ai cit6e au commencement de ce travail, prouve que Georget ne savait rien des rapports de cette maladie avec le d61ire ambi- tieux. 11 a d’ailleurs et6 le premier a declarer plus tard, dans les Archives dc medecine, que ce rapport avait 6t6 d^couvert par Bayle.
Void, en effet, ce qu’il 6crit en parlaut des ali6n6s paralyti- ques : « Presque tons ces inalades prfisentent, des le debut, un 16ger degr6 de dfimence ou d’alfaiblissement de I’intclligence. Chez un tres grand nombre, on observe en meme temps les idEes ambitieuses de grandeurs, de richesses, de puissance, ainsi que M. Bayle I'a remarque le premier.
I.e temoignage de Georget n’est pas suspect, car, au milieu des pol6miques que soulev6rent les travaux de Bayle, il s’est montr6 I’un de ses adversaires les plus d6cid6s (1).
(1) En rendant conipte de la monographic de Bayle, publiee eu 1826, il fecrivail : « Get ouvrage est mal fait, six fois trop long, la lecture en est
DE LA PAKALVSIE GfiNfeRALE. 9
J’ajoulerai d’ailleurs que parmi les reclamations de priorUe qui se sont eiev^es k I’occasion des travaux de Bayle, aucune n’avait trait au rapport dii delire ambitieux et de la paralysie. Ce rapport, au contraire, a ete attaque par plusieurs auteurs qui ont clierche a attenuer le fait, ou meme a en demontrer I’inexac- tiiude.
Un medecin anglais, Haslani, parait seul avoir remarque avant Bayle I'orgueil et les pretentions des alienes frappes de paralysie. C’est ce que prouve le passage suivaut deja reproduit dans plu¬ sieurs ouvrages :
(I Les affections paralytiques, dit- il , sont me cause de folk beaucoup plus frequente qu’on tie le suppose, et elles sont aussi un effet Ires comniun de la nianie. Les paralytiques offrent ordi- nairement des lesions de la locomotion indepeudantes de leur folie; la parole est embarrassee, la bouche deviee, les bras on les jambes sont plus ou moins prives des mouvements volon- taires, et chez la plupart la memoire est notablement affaiblle.
1) Ges sortes de malades n’ont pas , en general , le sentiment de leur position. Faibles au point de pouvoir a peine se tenir debout, ils se disent extremement vigoureux et capables des plus grands efforts.
» Quelque pitie qu'uu tel etat puisse iuspirer a I’observateur, il est heureux pour le patient que son orgueil et ses pretentions soient en raison inverse du malheur qui I’accable.
» Aucun de ces malades n’a eprouve d'ameiioration dans I’lio- pital, et, d’apres mes recherches dans les etablissements particu- liers ou ils ont 6te eusuite enferiii6s, il demeure constant qu’ils sont morts subitement d’apoplexie , ou qu’ils sont tomb6s dans I’irabdcillite ou dans le marasme, par suite d’attaques r^petees. «
aussi faligante que possible ; quelques fails ne nous ont pas paru exacts ; la plupart des opinions nouvelles dmises par I’auteur nous paraissent hjpothdliques et invraisemblables, etc.; les raisonnements de I’auteur nous ont toujours paru d’une faiblesse oxtrdme, etc... » (Archives do mCdecine, 1826, t. XII, p. 323.)
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DE EA DfiCOUVERTE
C’est assuremeiit un fait ires curieux que cette premiere men¬ tion tin dfilire ambilieux des paralyliqnes, mais ce fait n’a eu aucune coiise(|uence pratique. Cette remarque est rc.slee piusde trenle ans inapercue, et ce sonl les travaux publics en France sur la paralysie g^nerale qui out lixe I’altention sur le passage de I’ouvrage du medeciu anglais. Bayle, au confraire, a non- seuleinenl indique que les folies ambilieuses precedent et ac- compagnent la paralysie g6nerale, mais il a decnt minutieu.se- ment les formes de ces folies, il les fait accepter dans la science comme un element important de diagnostic et de pronostic. C’est done a lui que doit etre rapporte le m6rite d’avoir etabli ce rapport du delire des grandeurs et de la paralysie g^.nerale.
Ces fails admis, nous pouvons essayer de determiner it .quel auteur doit etre rapport6 riionneur d’axoir decouvert la para¬ lysie gfinerale.
De tout ce qui precede, il ressort que deux ordres de fails ont 6l6 successivement mis en lumiere avant que la paralysie gemSrale ait ete reeilement constitute.
fisquirol a signale fa frequence des symptomes de paralysie cbez les alitnes. Il a ttudie les caracteres de cette paralysie, sa marcbe et sou influence sur le pronostic. Mais ces symptomes, dont Georget et surtout \l. Delaye ont fait plus lard uue affection sptciale, ne sont, si on adopte la doctrine de Bayle, qu’une panic de la maladie.
Pour que celle-ci fut completemenl decouverte, il fallait re-
1 n It e la periode initiale et uiontrer que les lesions de I’in- telligence sont aussi essentielles que la paralysie ellc-meme. La maladie est forinee de deux elements. lOsquirol n’en avail vu qu’un; Bayle a decouvert le second. Sans dottle cette seconde tache ttait plus facile que la premiere, puisque raltention tlait desormais fixee sur ces alitnts olfrant des symptomes de pafa- lysie ; mais enfin la paralysie gtntrale d’Esquirol, de Georget et
Ub 1.A .PAUALYSIE GifiNfeHALE. 11
(le M. Delaye, ii’6tait pas la maladie telle que nous la compre- noiis aujoiu'd’hui avcc sa double lesion de I’intelligence et des mouvements ayant chacune ses caractercs propres. Or, c’est b I'ayle que revient le m6rile do I’avoir aiusi constitute eii ajou- tant deux eltmenis iiouveaux , la congestion et le delire des grandeurs.
Ge mtrite de Bayle nul ue le conteste ; il n’en est pas de meme pour Esquirol, On a rappelfi le passage de I’ouvrage d’Haslam que j’ai cit6 plus haut. Or, I’ouvrage du mtdecin an¬ glais est anttrieur aux premiers travaux du mtdecin francais. Sans vouloir en rieu diminuer le inerite d’Haslani, je crois cependant que I'objection n’a pas toute la valeur qu’on lui attribiie.
II iniporte en ellet de rappeler que bien des passages aussl prtcis sent restts enfouis des sitcles entiers sans ttre remar¬ ques, et que celui dont il est question ne serait probablement pas connu si, coimne je vieus de le dire, les travaux publits en France n’avaient fait rechercher plus de trente ans apres ce qui pouvait, dans dilferents ouvrages, se rapporter b la maladie nouvelle.
Il n’en est pas du tout ainsi pour Esquirol. Non-senlement il a decrit les princiitaux symptomes de la paralysie gtntrale en 1814 et en 1816; mais chaque annte, dans ses lecons, il trai- tait de la paralysie des alitnts. G’est ce qu’on pent voir'dans la these de M. Delaye.
Il y a plus, Esquirol a celte epoque avait appris b reconuailre les premiers indices de la maladie , b predire par consequent son dtveloppemeni, et les fails noiiveaux ttaient ainsi passts dans la pratique.
« l.a [taralysie gentrale , dit M. Galmeil , est trbs repandue parini les alidnes, el elle est une des complications les plus fu- nestes des vesanies. Les mddecins qui font une dtude speciale des affections menlales savenl tons b quoi s’en tenir a cet dgard, et, chaque fois qu ils sont consultes, dans I’intdret d’un alidnd
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t>E tA DfcCOUVEBTE
ils ont le soin d’ examiner si la prononciatioii est exempte d’em- barras ou acconipagn6e de begaiement. Ils hfisileiit rarenient It declarer la inaladie incurable s’ils parviennent a constater I’exis- tence de la paralysie, quelque 16gei's que soient ses sym- ptomes. »
M. Calmed 6crivait cela en 1826, et ajoutait : « M. Esquirol a, le premier, fixe I’attention sur ce point et a signals la gra- vite du pronostic. «
(I M. Esquirol, dit encore M. Calmed, a vu des confreres habiles lui soutenir que la langue n’etait pas paralysee lors meme que la prononciatiou olfrait un embarras auquel ne pouvait se in6- prendre une oreille exerc6e. »
Esquirol a done non-sculement, en 181ti et 1816, signale dans ses Merits les symptomes de paralysie comme I'avait fait Haslam ; Ik n’est pas son principal m6rite. II a en outre, dans ses lemons et dans sa pratique, cunstamment appele I’attenlion sur celte complication dont il saisissait les premieres manifesta¬ tions quelque I^geres qu'elles fussent. Des lors I’oubli n’dtait plus possible.
Cliaque fois qu’une d^couverle, petite ou grande, surgit dans la science, il est rare qu’on ne trouve pas dans les auteurs qui ont pr6ced6 des gerines restes jusque-la caches. Loin d’oler a I’inventeur son merite , cette circonstance est une preuve de la rdalite des fails qu’il a le premier inis en lumiere.
Haslam a mentionne les pretentions et I’orgueil des paraly- tiques, et cependant e’est Bayle qui a decouvert le rapport du delire ainbitieux avec la paralysie, e’est lui qui I’a fait accepter dans la science comme une verite que nul ne conteste plus aujourd’hui.
Esquirol a decouvert la paralysie gen6rale parce qu’en realite e’est lui qui a fixe I’attention sur la gravite du pronostic chez les alienes qui offraient les premiers indices de begaiement, que cliaque jour dans ses lecons et sa pratique il insistait sur ce fait et appreuait a tous ceux qui I’entouraient k le constater. N’eOt -
DE LA PARALYSIE GfiNfeRALE. IS
il fait que cela, sans rien 6crire en 1814 et 1816 sur la para- lysie generale , que c’esl encore a lui qu’il faudrait rapporter rhonueur d’avoir le premier 6tabli dans la science cet ordre de fairs.
Les noras d’Esquirol et de Bayle doivent doiic, a mon avis, 6tre r6iinis, et c’est a ces deux auteurs qu’il faut attribuer le mdrite d’avoir cr66 ce grand chapitre de I’histoire des maladies mentales.
En rfisumd, on voit par tout ce qui precede que deux doc¬ trines bien dilTerentes ont §t6 4mises par les premiers auteurs qui ont dcrit sur la paralysie generale.
La premiere est celle d’Esquirol, de Georget et de H. Delaye; la seconde est celle de Bayle.
Dans la premiere, on admet :
1” Qu’il y a lieu de faire entrer dans le cadre nosologique une nouvelleespecede paralysie, la paralysie musculaire chro- nique (Georget), la paralysie generale incomplete (Delaye).
2” Que cette paralysie comine routes les autres n’est caract4- risee que par un seul ordre de symptCmes pathognomoniques, les symptomes de paralysie.
3° Que cette nouvelle espece de paralysie a cela de particu- lier qu’elle s’observe presque exclusivement comme complica¬ tion de la folie.
4° Que rali6n6 paralytique doit toujours etre consid6r6 comme alteint de deux maladies distinctes, la folie et la para¬ lysie generale.
5” Que cette paralysie gen6rale survenail indifferemment dans routes les especes de folie.
De la doctrine de Bayle il d6coule au contraire les conse¬ quences suivantes :
1° Qu’il y a lieu de crfier dans le cadre nosologique une nouvelle espece de folie, I’alienalion ambitieuse avec paralysie ou meninyite chronique.
2° Que cette nouvelle esnfece e folie est caracterisde par
14 DE LA DfiCOUVERTE DE LA PAHALYSIE GfeNfiRALE. deux ordres de symptomes pathogiiomoniques : 1“ le dfilire ambilieux sous la forme de monomanie ct de manie, ddlire accompagnd de signes de demeuce; 2° uneparalysie g6ii6rale et progressive.
3° Que la folie et la paralysie geiierale observee cliez le mfiiue malade ne sont pas deux affections distinctcs coinnie la folie et le scorbut, mais deux ordres de symptomes d’une seule et mcme entit6 morbide.
4° Que la paralysie gen6rale ne pent fitre consid(5r<5e coinme une complication de la folie.
5° Que les symptomes de paralysie g6n6raln ne s’obscrvent pas indiff^remment avec toutes les formes de la folie, mais seu- lement avec les folies caracterisees par la predominance d’id6es de grandeurs et de puissance.
6" Enfin que c’est a Esquirol et a Bayle que revient I’honneur d’avoir realise, par la decouverte de la paralysie gen6rale, le plus grand progres qu’on puisse signaler dans I’hisloire des maladies mentales.
NOTE
l!NE FORME !)E DELIRE IIYPOOHONDillAQDE
CONSfiCUTIVE AUX DYSPEPSIES ET CAlUCTtostE PRINCICALEMENT PAR LE REFUS D’ALIMENTS,
M. le docleiir L.-V. MARCt.
(Luo a la Sociele mddico-psychologique dans la soanco du 31 oclobre 1859.)
Parmi les formes si nombreuses et si varifies de dyspepsies, il en est qiii doivent allirer specialement I’atteiuion des m6decins ali(5nistes en raison de I’filat mental particulier qn’elles deter- miiient.
On voil, en eflet, certaines jeunes filles qui, au moment de la puberte et apres un d(5veloppement physique prficoce, sont prises d’une inapp6lence portee jusqu’a ses dernieres limites. Quelle que soit la durde de leur abstinence, elles eprouvent pour les aliments uu degout dont les instances les plus pressantes ne peuvent triompher; chezd’autres, I’appfitit ne fait pas defaut, mais les digestions sont douloureuses, s'accompagnent de pro¬ ductions gazeuses, d’abattement, de malaise. Or, ces deux va¬ riates de dyspepsies, d’ailletirs tres communes, lorsqu’elles surviennent chez de jeunes sujets pr6dispos6s par leurs antec6- denis herfiditaires a ralifination men tale et rendus plus impres- sionnables encore par cette perturbation nerveuse profonde qui accompagne I’fitablis.sement dcsfonctions menstruelles, peuvent determiner, par un enchalnement d’id6es facile a suivre, un veritable d61ire partiel. Vivement impressionnees, soit par I’ab- sence d'apptitit, soit par la douleur que les digestions determi-
16 FORME DE DfiLIRE HYPOCHONDRIAQUE
nent, ces malades arrivent a cette conviction d61iranle qu'elles ne doivent pas manger, qu’elles ne peuvent pas manger. En un mot, la nevrose gastrique se transforme en nevrose c6r6brale.
11 est facile de prdvoir les consequences de ce nouvel etat morbide. Atoutes les instances que Ton fait pour les contraindre a un rdgime suffisant, les malades opposent des ruses infinies et une resistance invincible. L’estomac digbre parfaitement ce qui lui est confie, mais il arrive & la longue ii se contenter des doses les plus faibles de nourriture, it tel point qu’on est sur- pris de voir la vie persister longtemps encore avec d’aussi faibles moyens rdparateurs. J’ai observe plusieurs sujets (et dans ces cas le soupcon de fraude devait Ctre entierement dcarte) qui ont vecu pendant six mois, un an et m6me plus, en prenant chaque jour quelques cuillerees de bouillon, quelques bouchees de confitures et de patisseries : chez I’un d’entre eux, la quantite des liquides et des solidcs ingeres, pesee exactement, ne depas- sait pas 50 grammes par jour.
II est vrai qu’alors I’amaigrissement attaint les dernieres limites; toute trace de tissu adipeux a disparu, et les sujets sont reduits a I’etat squelettique ; les dents noircissent, la bouche est seche, la langue ridfie et rouge ; la constipation est telle que Ton pent a peine, tous les quinze jours ou tous les mois, provoquer 1’ expulsion de matieres dures et ovilI6es ; I’excretion urinaire est presque nulle, et la paroi abdominale retract^e touche la colonne vertebrale : la peau devient s^che et rngueuse, le pouls filiforme et insensible, et Ton observe d’une manifere saisLssante tous les symptomes qui precedent la mortpar inanition ; bientot la faiblesse est telle, que les malades peuvent a peine faire quel¬ ques pas sans tomber en syncope. La pr6disposition nerveuse s’accroit de toute la ddbilitc de I’organisme, les sentiments allec- tifs s’aliferent, et toute I’energie intellectuelle se concentre autour desfonctions de I’estomac; incapables de poursuivre le moindre travail, de soutenir la moindre conversation en dehors de leurs iddes ddlirantes, les raalheureux ne repreunent quelque energie
CONSfiCUTlVE ACX DYSPEPSIKS. 17
que.pour resister aux tentativ.es d’alimentaiion, et bien souveiit le inedecin bat en retraile devant leur resistance desesp6r6e.
Parmi ces malades, il en est qui, an bout de plusieiirs mnis. de plusieurs annees, et apres de nombreuses oscillations dans leur 6lat, meurent litt6ralement de faim. Dans un cas de ce genre, ou I’autopsie fut faite sous raes yeux, I’estomac elait parfaitement intact ; la muqueuse etait saiue, sans injection ni ramollissement ; la capacit6 du ventricule 6lait parfaitement normale.
Aussi, lie faut-il jamais oublier qn’eii raison de I’inte.grite aiiatomique des organes digestifs, rintervention m6dicale pent 6tre tres puissante, alors mSme que les sujels semblent voues il I’incurabilite et a la mort. J’ai vu gu6rir ainsi trois jeuiies filles reduites ii un 6lat des plus graves el presque d6sespere ; il importe de recliercher quelles sont alors les indications a remplir et dans quel sens il faut dlriger Taction medicale.
Dans la plupart des cas que j’ai rencontr6s, je dois dire que les premiers mddecins qui avaieiit donn6 des soins aux malades avaient m6connu la veritable siguification de ce refus obstine d’aliments ; loin de voir lii une conception dAlirante de nature liypocbondriaque, ils 6taient uniquement pr6occup6s de Tetat de Testomac, et conseillaient d’uue mauiere banale les amers, les toniques, les ferrugineux, Texercice, Thydrotbdrapie, dans le but de reveiller Tactivite des fonctions digestives. Quelle que soil en apparence Texcellence de ces moyeiis th6rapeutiques, toujours ils sont restes insuffisanls lorsque la maladie 6tait avancee. Alors, en elTet, ce n’est plus a Testomac qu’il faut s’adresser, car Testomac [lent digerer et ne soulfre que par la privation d’alimenls ; c’est iiTidde d61irante, qui d&ormais con- slitue le point de d6part et Tesseiice de la maladie; les malades ne sont plus dyspeptiques, ils sont alienes.
Or, ce d61ire bypochondriaque ne saurait etre avantageuse- ment combattu taut que les sujets restent au milieu de lent famille et de leur entourage habituel : la resistance opiniatre ANNAL. MfiD.-l’SVCH. 3' seric, t- vi. Janvier 1860. 2. 2
18 rORMU l)E DfiHRE HYPOGHONORIAQUE
qu’ils opposent, k’s souffrances d’estomac qu’ils dnumerent ati milieu d’incessautes lamentations, causent une 6molion trop vive pour que le in6decin pnisse agiren loutelibert6 el prendre rascendant moral n^cessaire.
11 est done indispensable de modifier I’habitalion et I’entou- rage, de cotifier les malades a des mains 6trang6res. Si le refus d’aliraents persiste inalgrii toutes les instances, il faut employer I’intimidation et meme la force. Si, par ce dernier moyen, on n’arrivait qu’a on resultat incomplet, je n’hesiterais pas a coii- seiller I'emploi do la sonde oesopliagienne. II faut, d’ailleurs, proceder progressivement et avec mesure. Cbaque jour et a chaque repas, la nourriture, soit liquide, so'it solido, sera pro¬ gressivement augmenlde, et mame il sera bon de peserles ali¬ ments, afiii de marcher avec plus de sureta et de conliance, sans reculer jamais d’un seul pas.
. Les nioyens adjuvants iie devront pas atre neglig6s, et les amers ainsi que les ferrugineux, combin6s a une alimentation sulfisante, pourront rendre d’utiles services. Quant a I’exercice, aux mouvemenls gymnastiques que I’on conseille alors d’uue maniere banale, ils ont riuconvenient d’occasionner une grande d6pense de forces, a laquelle ralimentation de chaque jour ne peut subvenir; il faut done les r6server pour le moment oh la convalescence est d6ja solide et en user avec une grande raserve.
Lorsqu’a I’aide de ces pracautioiis on parVient a clever la quantita de nourriture a des proportions convenables, on voit les malades se transformer, les forces et I’embonpoinl revenir et ratal intellectuel se modifier de la maniere la plus saisissante. Mais il sera convenable d’exercer pendant loiigtemps encore une rigoul'euse surveillance et de combattre anergiquement les mtjindres tendances inaladives, si dies Venaienta se reproduire. Ici les rechutes soiU faciles, et d’aillcurs cette forme d’hypo- chondrie est I’indice d’liue pradisposiiion nerveuse qui ne doit pas laisser sans inquiatude sur I’avenir intellectuel de ces sujets.
CONSfiCUTlVli AUX DYSPEPSlliS. 19
Sans voUloir g(5nefaliser outl-e mesdre I’iiillueiice qde l’6tat iiilellecttlel fiiiit par exfircdr sdf I’insullisaiice cle I’alillieii- lation, je crois que c’est lii un 61enieiil: (tout il est boii de tenir compte dans diie fodle de iiuVI'oses : la plupart des Iiys- l6riqdes et des il6vl'opatliiques se foiit remai-quer par la l(5nuile de leur rfigiine, par leur pdllcliant pour le^ alidlcMt,') indigestes, par ledi' antipalhie t)Odr le pain , la viilttde ct les inets fortifiants. Or, cds dispositions se renconfrent sans qd’il y ait, h proprenient parler, ilfivrose stomacale, car un eirort souteiui de volonifi sdfiit (todr ramelier raliinentation ii des conditioils rdgllliiirct! : qu’oil insiste done sur ce point de pratique, car la predominance inaladive du systeme nerveux est ciitretenue pal’ rappauvrissement du sang qui resultc d’une nu ■ trition incotiiplete ; et tant que les inalades n’appliqucront pas leur volonte h se nodrrir d’line manicre colivenable, il sera irfi • possible de compter sur une guerison solidc et a I’abri de lonte rechute.
Je tertninerai cetle simple note en doniiant avee detail I’his- toire de deux malades que j’ai eu I’occasion d’observer et de soigner. Bien que diUerant eritre eiix sous quelqties rapports, ces faits doniient une idSe assez exacle de cello forme de delire bypochondriaque dont I'iiiiporlance, au point de vue pratique, me semble incontestable.
Observation I.
Mliie liypodioiidiiaqiie coiisdcdlifa une dyspepsie. — Alimcnlalioii insuDisante. — Marastiie. — Guerison par une dirccliod morale enei'gique.
Mademoiselle A. B..., figfe de dix-neuf ans, a, parmi ses ascendants, deux personnCs qui out dte atteintes d’ali(5nation mentale. D’une saute ddlicate pendant son cnfance, mAlanco- lique, un pCu feiitfie et volontaire, ellc a toujours pris peu de part aux amUseirients des enfants de son age.
A rage de huit ans, elle eUt une liiiVre typhoi'de dont la con-
20 FORME DE DELiRE HYPOCHONDRIAOL'E
valescencc longue el peuible s’accompagna cle divers troubles du c6t6 de I’eslomac. G’est a partir de ce moment que Ics fonctions digestives tonserverent unc grande susceptibilitfi.
A douze ans, une lievre qiiarte rebelle resista pendant plus de dix mois a tout traitement, et s’accompagna d’un engorge¬ ment spl6niquc considerable.
A seize ans, les regies apparurent pour la premiere fois; elles revinrent cinq ou six fois encore, abondantes mais irreguliercs ; mademoiselle A... deviut plus gaie, plus expans lie geait avec plus d’appetit ; cependant les digestions restaient difli- ciles et s’accompagnaient de la production d’une grande quantitfi de gaz.
lin mai 1850, .sans cause appieciable, les fipoques firentcom- pleteraent d6faut ; peu apres, mademoiselle A... 6prouva des etoufferaents, du degqut pour les aliments, de la tristesse et des acces de dSsespoirqui allaicnt jusqu’a des menaces de suicide, bien qu’il n’y ait jamais cu aucune tentative de cc genre ; scs crises angmentaient chaque mois pendant quelques jours.
Quatre mois se sout ainsi passes, pendant lesquels r6lat de la malade n’avait cependant rien d’alarmant. Une saison a Vichy avait amcne un peu de soulagement ; mais, des le retour (1 5 sep- tembre), les sonlfrances reparurent. A partir de ce moment, I’amaigrissement fit de grands progres, et cbaciuc jour la quan- tite d’alimcnts ingeres devint moins considerable. I.’annee sni- vante, un double voyage it Vichy et aux bains de mer n’entaucun rSsullat, etl’etat de la malade alia toujours cn s'aggravant jus- qu’en octobre 1857. 31. Trousseau et M. Fleury, alors consul- t(5s, conseillerent un traitement hydrotbera])iquc ; mais un avis contrairc ayant et(5 6mis, on n’osa passer outre, et rien ne fut tentfi. La malade qui, en pleine santd, pesait 95 livres, n’en pesait plus que 60.
Dans le courant do I’hiver qui snivit, le deperissement fit d’enormes progres; la viande fut bannie de I’almientation, quelques legumes, des sucreries, du la patisserie composaieut
T^ONSfeCtTIVi; AUX DYSPliPSIES. 21
les repas; Ics acc6s cle tristesse rodoublerent cle fr(5f|iicnce, et, au iiiois (le mars 1858, la iiialade 6tait tombiie dans un etat de marasme qui douiiait les plus graiidcs inquietudes pour sa vie.
I.e 15 mars, a la suite d’llne nouvelle consultation, on so de- ' cida pour uu traitement bydrothfirapique. Mademoiselle A..., grande, bien developpee^ pesait lout au plus /i6 livres, elle fai- sait chaque jour un seul repas compos6 dequolquesbouchies de I6gumes ou de creme et d’un peu d’eau rougie. Sous I’influence des douches froides administrees avec beaucoup de mfinage- meiil, il y eut d’abord une sensible amfilioration, les forces revinrent, la malade se mit a marcher, a s’occuper, et sa phy- sionomie prit plus d'animation ; bref, au 15 mai, au bout de deux mois, il y avail une augmentation de 5 livres dans le poids total du corps.
Mais si I’etat physique s’etait ameliore, I’etat mental tendait chaque jour a devenir plus grave. A chaque repas, la resistance augmentait et se traduisait par des scenes de violence, des'me- naces de suicide et des actes de m6chancele. Des bonnets et des robes etaient mis en pieces, des porcelaiues et des assiettes fitaient bris6es, et les aliments destines a la famille fitaient baches cn pelits morceaux pour qu’ils ne pussent pas ser- vir, etc., etc.
La situation devenant intolerable et la malade, pendant les derniers jours de mai, ayant perdu le peu qu’elle avait gagn6 sous le rapport de I’embonpoint, on se d6cida, apres avoir pris I’avis de M. Baillarger, a la sSparer de sa mere et a I’entourer de personnes inconnues , capables d’exercer sur elle une cer- laine autoril6 morale.
Le 3 juillet, je fus appele, pour la premiere fois, a examiner la malade et a lui doniier des soins. Mademoiselle A... pfese moins de 50 livres el est arrivee au dernier degr6 du marasme : la figure n’a ni expression ni jeunesse et est p6nible it voir ; les saillies osseuses se dessinent sous la peau avec une nelteld St peine croyable, et la configuration des exlr6mit6s supdrieures
22 KORMli DE Dfij.mE HYPO<;HONftl\!A(JUl',
et inferieures rappelle tout ii fait I’aspect clc ces parties sur |e squelelte. Le pouls est accel6re et filiforme ; les baltenienls du ccEur n’offrent rien d’aiiormal ; la laiigue est hiiinide, repigaslre peu douloureux a la pression ne prfiseiite aucune apparence de tumeur; les selles, rares, Ires dures, ne surviennent cjue lors- qu’on les provoque a I’aide de lavements.
La maladeingere ii peine par jour quelques bouch6es d’ali- ments ; lorsqu’on insisle aupr^s d’elle pour lui faire accepter de la nourriture, elle refuse dnergiquement, pleurant, gdraissant, rdpetant d’gue vpix nasonnee, dolente et retentissantc qu’elle ne veut pas manger, que les aliments I’dtouffent, qu’elle a le corps pourri, I’estomac pourri. Des que quelques cuillerdes de bouil¬ lon ont 6t6 inger^es, elle protesfe qu’elle ne pent aller plus loin ^ cause du poids qu’elle sent a I’epigastre, ni les priferes, ni les instances ne peuvent surmonfer sa resistance.
Le premier jour, apres avoir epuis6 lous les (noyens de per¬ suasion, je fais entourer la malade, j’ouvre de force la bouche et j’introduis enlre les arcades dcnlaires le bee d’un biberon conlenant une certaine quanlitd de bouillon. La malade garde le liquide dans sa bouche, Lenie de le rejeter; mais, en pressaut les narines, on la force a entr’ouvrir la bouche et it degludr, Quelques gorg6es de liquide sent ainsi avalees, et bientot la nsalade, viveiuent dmue et intimidde de cette lutle inatteqdue, deraande a avaler d’elle-meme le resle dn bouillon.
Pendant les trente jours qui suivirent, inademoiaelle fit chaque jour trois repas composes d’abord d’nil potage, puis de quelques bouchfies de pain et de viande, donl la dose elait pro- gressivement augraeutde. Chaque fois elle poussait des cris de desespoir, discutail chaque bouchee, et cependant .fiuissait tou- jours par odder a rinlimidation, sans qu’ou eut recours it la force ; dans I’intervalle des repas, elle se prdoccupait uniqne- inent de la lenteur de ses digestions et de ses sensations hypo- chondriaques ; elle dcrivait a sa mete des lettres de viiigt pages reinplies tout entidres de la description de ses repas, des souf-
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CONStCUTlYH AUX I)ySPl!P$IES.
IVancPS que les aliments lui avaient uccasionniies, sans qu’cile eul nil mol dc souvenii’ pour des persoiiiies qui lui 6taient les plus cheres. Pour aider ses digestions, elle se frottait et se frap- pait la region 6pjgastrique, au point de rendre la peau nojre et eccliyinos6e, ct line personne pouvait ii peine alors la mainteiiip, taut elle y meltait d’ardeur.
II est, d’ailleurs, remarquable que tous les aliments 6taieiit parfaitement dig6r(5s, et qu’oii n’eut gnere ii iioter que deux on trois selles diarrlieiques qui cesserent d’elles-menies.
Vers la fin du mois d’aout, mademoiselle ^ . pesait
56 lit res. Elle faisait chaque jour quatre repas ; et bien qu’elle contiiiuat a faire d’iiicessaiiles lamentations sur la quantil6 d’ali- ments qui lui etait impos6e, sur les sensations penibles que I'estoniac lui faisait eprouver, il y avail dans ses allures, dans sa tenue assez d’amelioratiou pour qu’elle put manger avec di- verses autres personnes. Son attention pouvait etre altiriic sur des sujets etrangers a sa maladie et elle causait avec une certaine . animation lorsqu’oii parveiiait a la distraire. Les digestions res- taient parfaitement iiormales, et, du cote de la saiito physique, on n’eut a noler qu’un abces sanguin de la vulve, qu’il fallut ouvrir par une poiicLioii dans les premiers jours du mois d'aout ; chaque mois, d’ailleursj a 6poques r(5gulieres et depuis long- temps deja, on voyait se produire, a la place de la menstrua¬ tion absente, des congestions supplemenlaires qui amenaient tantot un coryza, tantot une bronchite, tantot des abces furon- culeux eii divers points du corps.
Ell septenibre et octobre, raraelioration fut progressive et soutenue ; la inalade, au 20 novembre, pesait 84 livres, sa figure se transformait, et elle devenait mficonnaissable pour ceux qui ne I’avaient pas vue depuis loiigteraps. En meme temps les dispositions morales se inodifiaient profoiid6ment. Elle se reii- dait compte de son ctat passe, comnien^ait a s’habiller avec gout, mangeait d’elle-m6rae et sans contrainte presque tout ce qu’on pla^ait devant elle. Toutefois, au commencement de
24 KOnMli DE DfiLIRE HTPOCHONDRIAQUE
chacjue repas, elle monlrait toiijours uiie rfipiignance inexplicable pour les aliments et cherchait, a I’aide de subterfuges calcul4s ii I’avance, afairedisparaitre une partiedece qui lui 6taitservi. On surprit un jour, dans une poche qu’elle avaitcousuesoussa robe, une grande quantity de pain qu’elle etait parvenue a dissimuler ; une autre fois on en d4couvrit dans son porte-monnaie, dans un soulier. Malgre ces incidents, les forces revenaient chaquejour, et en novenibre, une congestion bronchique avec fievre s’etant produite it l’6poque pr6sumee des regies, on put appliquer deux sangsues a la partie superieure des cuisses. Cette Emission san¬ guine fut bien support6e el fit cesser immfidiateraeiU tout ma¬ laise. Gefut alors que, pour 6prouver la soIidit4 de la conva¬ lescence, on lenta de rapprocher mademoiselle A... desa mere, qu’elle n’avait pas vue depuis plusieurs mois ; mais cette 6preuve ne fut pas heureuse. An bout de quinze jours, il se manifesta une notable aggravation. Apr6s chaque repas, devanl sa mere,- dont la presence ne faisait que I’exciter davantage, mademoi¬ selle A... sc livrait h une finuineration lamentable des aliments qu’elle venait d’ingdrer, pleurant, criant, se frappant la tele contre les murs.
Il fallut de nouveau recourir a I’isolement qui ramena bien vite le calme et la bonne volonle. En dficembre, en janvier, en fevrier, aucun incident ne vint troubler la convalescence. Le seul symptome importun dont se plaignit la malade 6lait un bruit rhythmique et monotone qui redoublait de temps ii autre et diminuait, au contraire, lorsque ratteniion en 6tait d6lour- nfie. La belladone ii petite dose et quelques applications d’61ec- tricite modifierent tr4s avanlageusement cetitat.
Dans les premiers jours de mars 1851', mademoiselle A... pesail 96 livres ; sa figure avail de I’eclal et de I’animalion ; elle (';tait pleine de force, d’entrain et de gaietd, s’occupant de toi¬ lette, de musique et rendant corapte avec sang-froid de loutes les pdnibles sensations, de toutes les idees ddlirantes qu’elle avail dpronvdes et dont il ne reslait plus que le souvenir.
CONSfiCUTlVJ^ AUX DtSPEPSIES. 25
Au moment oil mademoiselle A... renlra clans sa famille, la menstruation n’6tait pas encore r6tablie ; mais, d’ailleurs, la saute physique et iiitellectuelle Atait irreprocluible. J’ai eu cle ses nouvellcs : pendant plus d'une annfie, elle restait forte, gaie et pleine d’cntrain, mais il fallait encore de temps a autre veil- ler a la r6gularite de ses repas. Les regies ont fini par repa- raltre.
Oeseuvation II.
Uiie jeune lille du midi de la France, agee de cjuatorze ans, forte et bien constitute, dans les meilleures conditions d’hy- giene, fut prise, peu de temps apres la premitre menstruation, d’un profond ddgout pour les aliments. Les digestions ttaient bonnes et s’accompagnaient seuleraent de quelques renvois gazeux.
Pendant sept mois, I’anorexie augmenta ; la malade prenait chaque jour une moindre quantitt d’ aliments ; quelques cuille- rtes de potage lui snffisaient chaque jour, et encore elles n’e- laient avaltes qu’avec une extreme rtpugnance ; la malade res¬ tait une heure devant son a.ssietle avant de se decider a les prendre. Tous les moyens employts resterent inefficaces; seul un voyage a Nice, en la separant de son entourage habituel et dttournant vivement son attention par le spectacle d’un pays inconnu, amena une amtlioration passagere.
Quandjevis la malade pour la premiere fois (juin 1858), elle commencait a maigrir ; il y avail des palpitations, du bruit de souflle au coeur et dans les gros vaisseaux, et cependant I’as- pect de la figure n’elait pas sensiblement alltrt. A loutes les instances qu’on fait pres d’elle, elle repond qu’elle n’a pas d’appttit, que le degout qu’elle dprouve est insurmontable, et elle r6siste avec energie & sa mere et a tous ceux qui I’entou- rent. Le caractiire est devenu inquiet, irritable, et cependant, A part ce refus obstind d’aliments, il n’existe aucun trouble intel- leciuel.
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FOKMli J)ii i)fiLlKE HYPOC.HONDlllAQUli
lin interpellaiil vivenieiU la malacle do luanidre ii frapper son imagination, on changeaiit ses habitudes, je parvins, des les premiers jours, h lui faire prendre plusieurs cuillerdes dc po- tage et quelques boucluies de viande qui furent parfaitement dig6r6e,s. Un s(ijour au bord de la mer, nn voyage, des distrac¬ tions nombreuses agireut favorablement; la jeune fdle faisait elle-meme de grands ellorts, les aliments etaient cbaqiie Jour pesds et augmentes de quelques grammes, mais la rdpugnance 6tait la mfime, et les aliments reslaient plusieurs minutes dans la bouche avant de pouvoir etre avalds.
N6anraoins, au bout de six semaines, la malade 6tait transfor- m6e ; retour de I’emboupointet de la gaiet6 ; quatre repas sefai- saieut regulierement parjour. En aout et septembre, I’anuilioration persista; mais des les derniers joursd’octobre, inademoiselleX... etant revenue au milieu de sa famille, commenca a resister de nouveau, it eprouverles memes d^gouls, it refuser les aliments et it se contenter chaque jour d’un bol de cafe au lait et de 3 ou /i grammes depain. En novembre, en ddcembre, enjanvier, mal- gr^ un voyage it Nice, nialgre les efforts energiques, mais mal dirigds del’enLourage,ierefus d’aliinenis persiste et I’amaigrisse- meut fait des progres effrayants. A la fm dc mars, mademoi¬ selle X„. est rameiiee it Paris et de nouveau confifie it mes soins.
En ce moment, la maigreur est extreme et I’aspect dc la figure est tel, que la malade ne peut sortir sans etre I’objet de I’atten- tion des passants. A peine peut-elle faire seule quelques pas, des vertiges, des syncopes surviennent lorsqu’ellc reste qnelque temps debout, les dents sont noires, les levres seches et con- Iractees, le pools filiforme, la peau seche, froide et rugueuse ; la malade a toujours froid et a besoin d’etro surchargde de ve- tements, le somroeil est incomplet et agit6. Quelques cuille- rdesdepotage constituent toule raliinentation de chaqnejour, et encore, pour les ingfirer, la inalade se livre it uije foule de mapies ; il faut qu’elle mange seule, qu’elle soft renfermee h clef, qu’elle pese elle-meme ses aliments ; le pain et les sauces
doiyeui, subif certqiiies i)reparatio!is, le vjii doit 6lrc pi’is pur et I’cqu pure aussi, sans jamais Gti e luGlauges. A part ces maiiies iujurmoDtables ct le refus obstiiie d’alimeiils, il u’exisle aiicun trouble intellcctuel j la uialade a couscieuce de sa position, mais elle se regarde corame incapable de sunnonler son dGgout pour les alimenis; en exercant sur elle uiie certaiiie pression morale, eii excitant son amour- propre, on lui arracbe des promesscs qui resteut sans rGsultat dos qu’elle se Irouve ep prGsence de sa mGre et de sa famille.
b’exameu atientif et minulieux de tons les organes ue fait decouvrir aucune If'sipn organique.
Des les premiers jours d’avril, je place aupres de la jeune malade une personue etrangfere chargee de la diriger et de veil- ler a I’exdcution des prescriptions ; la famille est eloiguGe. Tout le traitement consiste a rGgler ralimentation : cliaque jour on edit la dose et la nature des aliments, en augmentant chaque jour de 5 grammes la dose primitive de A5 grammes. A force d’instances, on ranime le courage de la jeune fille, et tons les aliments sonl pris et parfaitemeni digfires. Au bout de quinze jours, une modification tres sensible s’Gtait deja produile ; la figure avail repris de I’animation, la marche etait possible, le sommeil etait meilleur et la tendance au refroidissement beau- coup moins marquee.
Dans les premiers jours de mai, aucun accident ne venant troublcr les fonctions digestives, on s’applique a modifier la na¬ ture des aliments et a prescrire specialemeut des viaudes roties, que j usque-la la malade n’avait pu supporter; puis on combat isolement chacunedcs manics qui compliquaient les repas d’une foule de prdcautions et de soius ridicules.
Vers le 20 mai, les progres vers la guerison furent un instant arretes par une diarrbee qui ceda au bout de deux jours a la theriaqueet au laudanum. A lafinde mai, la malade etaitniGcon- naissable ; la fraicheur, les forces, I’embonpoint avaienl reparu ; des courses & pied trfes longues n’occasionnaient aucune fatigue ;
28 FOUME t)E DfiLIEE HYEOCHONDRUQtJE , ETC. mademoiselle X..., au moral, n’est pas moiiis transformde : Autrefois, dit-elle, elle se. senlail comine enragfie, mainteiiant elle peutdelouriier son attention de ses rcpas clde son estomac, elle s’int(5resse a ce qui I’entoure, n’est plus absorbee par ses manieset ses preoccupations et montre de I’entrain et de la gaiete.
Depuis cinq mois, malgre quelques selles diarrbeiques, la convalescence ne s’est pas dementie; mais, rentrAe au milieu de sa faraille, ou elle manque lotalement de direction morale, ma¬ demoiselle X... olTre toujours, dans son mode d’alimentation, des caprices et des bi/.arreries, et je ne saurais affirmer qu’elle soit a I’abri de toute rdcidivc.
Medeciiie legale.
RAPPORTS MEDIGO-LEGAUX
ill. Ic Doctciir AVKylNGI.,
Miiiliiciii (Ml chef (Ic I'asilc public il'alidiKis ilc .Marseille.
.Cour fl’asslscsi «lc la Corse.
AFFAIRE DE TITUS R...
(Suite et fm.)
B. - EX.tMEN DIRECT DE L’lNCULPfi.
L’iiiculpu a 6t(i admis dans I’Asile des alieii6s de Marseille le
10 avril 1857, ainsi que je I’ai d6ja dit. II est agd de IreiUe- qualre aiis. Il s’est marie eii 18A7, et de ce mariage est ne un seui enfant, J. R..,, ag6 de neuf ans environ. Sa taille est moyeime, son teniperanient estlymphatico-sanguin. II estassez agriiable de physionomie; ses rnanieres ne sont pas communes; elles sont celles d’un liomme qui a i-ecu de I’education et qui appartient a la classe aisee de la socidte. Il a fait en France ses 6tudes classiques et quelques etudes de droit. En entrant dans la maison, il a eu I’air de savoir et de coraprendre ou il dtait ;
11 a demande tout de suite si les dpreuves auxquelles on le sou- mettait depuis quelque temps, allaient cesser ou recommencer dans ce lieu, ne paraissant pas se douter qu’il y etait arnciu* pour y etre soumis a un examcn medico -16gal.
Dos ma premiere visite et mes premiers rapports avec lui, j’ai 6le frappd de I’expression de trislesse et de preoccupation
30 MliDEChNU LfeCTA-Lli.
peilible qui est eaipreinte sui- sa figure ; j’ai reinarque cgale- inent dans ses yeufCj parfois un certain 6garement, presque toujours uii regard oblique annoucant la crainte et la mefiance ; j’ai constatfi, en troisieme lieu, ime sorte de craclioteraeut qui se renouvelle a tout instant, et qui seirible avoir pour but do rejeter la salive, coniine 6i elle feMferraall quelqiic saveur des- agr6able. Interroge sur cette singuliere liabilude, il r6poiid va- guemeiit, laissant compreiidre cependant qu’il est oblige de Ic faire dans I'iuteret de sa saute.
Dans les premiers jours de son admission, il s’est montre in¬ docile, tres irritable, pen dispose a ficouter les observations des surveillants, rebelle aux habitudes r6glementaires do la inaison. 11 aurait voulii se coUclier ()lus tiii'd qiie les autres inalades, ii onze heures dti soir, par excmple, ne se lever qiie vers neuf heures du matin, suivre, en un mot, sa seule volonte sur ce point. Il en etait de meme pour les repas et pour toute chose qui n’etait pas de son gout, qui n’entrait pas dans sa inaniere de voir. La moindre observation des infirmiers le contrariait; il y repondait par nn regard de mepris, par des injures, jiar des paroles blessantes et mfifne par des menaces. Il falliit plusieurs fois employer la force pour le faire coucher ou lever, pour lui faire prendre les premiers bains quej’avais prescrits. Il ne man- quait pas le matin, it ina visile, de m’adfesser ses jilaintes it cet egard, exagdrant ses motifs d’accusaiion contre les infirmiers, jn’en parlailt avec exaltation et irritabilitd; me demandant si les epreutics seront id plus barbares, plus terribles que colics qu'il a dejd ehdurees. Son irritabilite se montre plus i-arement au- jourd’hui, mais parfois ilparail encore tresirrite, et il m’adresse de vives plailltes contre une infinitd de pcrsoimcs, infime cOntre des malades de sa division. .le parviens toujours a le calmer sails trop de dilficidlds, en lui faisant comprendre la ndeessite d’ha- bitudes rdglementaires dansune inaison si popttleuse, on I’exhor- tant adonnerrexemplede la Soumission, ii cause de sonddiication et de son rang social. Je no I’ai jamais vu tr6s irrite contre inoi ;
j\l£l)EClPiH LfiHALl!.
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jc I’ai (oujours troiiv6 assez dispose h m’dcouter. Je n’ai pas toiijoui's reussi, il est vrai-, & lo convaincre, mais il reste calme quand je lui paile, et il ne me l■epolKl jamais d’une manifere incoiiveliante, bien que son regard ait one expression d’incre- dulite et demfillance, et que, s’eioignaiit qtlelquefois sans faire ancune r6ponse, il paraisse ne pas ajoutei* foi ii mes paroles, et qn’il affcctc de ne pas les comprendre.
Ses actions, ses manieres, son attitude, dans id quartiel- qu’il liabite, an iiiilieu de doitze a quinze all6oeS de la ciassft aisSe de la societe, prfisentent ordinairemeiit I’apparence do celles d’nn hommc raisoiinable. Les units soot bonnes, le sornmeilne parait pas trouble ; les repas sont r6gulicrs ; la tenue n’est pas desor-^ donnec. 11 ne presente liabituellement auctin signe d'agitaiiou, et, dans une conversation ordinaire, il parle sans incoherence dans les idees et les paroles, sans ailcun trouble apparent dans les facultes, r6pondant avec precision aux questions qtl’on lui pose, donnant exacieinent les renseignements qu’on lui de- mande. Il salt parfaitemcnt reclamer les choses dont il a besoin ; il appr6cie tres Itieli tout cc quil’entonre, etil sd rend compte de la nature de retablissement ou il se trouve et du genre de personiies qui y sont admises. Le jour de son arrivee, il s' est informe si sa sceur, madamc C..., 6tait encore dans I’asile. Sur la reponse affirmative qu’elle en 6tait partie depnis quelques jours, il a ajout6 ; Elle a cu tort de ne pas me voir, avant de partir, je lui aurais pardonne toutes les sottises que m’a faites cette coquine.. .
Dans une conversation ordinaire, il nelaisse edlapper, comlne je viens de le dire, ni incoh6reiice dans les paroles, ni un d6s- ordre general dans les idees. Cependant, si I’on prolongequelqtte temps I’entretien, si Ton cause avec lui longuement sin* divers sujets, on ne tarde pas ii s’apercevoir que son esprit presente ulie iegeret6 excessive* un jugement tres imparfait, un raisonnemeut vicieux sur une foule de points. L’orgueil et la vanite le dominentj il a une haute idee de sa persoililalite, de
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JlfiDECINE LEGAM:. sa valeur intellectuelle; il aimele paradoxe et se passionne faci- lement pour les ilicories utopistes qui revent la regeneration sociale. II est persuade d’avoir ete utile ii ses seinblables, d’avoir contribue ii I’ameiioration morale deson pays, de s’etre loujours sacrifie pour le bien de I’humanite. On est etonne surtout, dans les entreliens que Ton a avec lui, de le voir quelquefois, sans qu’il y ait incoherence dans ses paroles, changer subiteinent le sujet de la conversation, passer sans transition d’un sujet a 1 ’autre, d’un sujet de tristesse a un sujet gai, et dire des choses futiles et sans importance h cote de choscs serieuses et utiles.
Il est habituellement taciturne, pen communicatif, se prome- nant seul dans les jardins; mais il lui arrive bien souvent aussi de s’amuser des malheureux qui se trouvent dans son quartier, de les laquiner et de chercher a les irriter sans aucun motif. Oaiis ses promenades solitaires, il parle souvent a demi-voix, quelquefois paraissant tres irrite, repandant des larmes, gesti- culaut, d’autres fois fredonnaiit une chanson, riant aux edals, semblant tres satisfait de son sort. Ces deux etats opposes re- viennent parintervalles etse succedent quelquefois presque sans transition. L’irritabilite, que nous avons deja signalec, semble dominer son caractere; elle resie comprimee sous I’inlluencede la discipline de la maison ; mais elle se montre par intervalle ii un certain degre, a I’occasion, comme nous I’avons dit, d’une foule de choses plus ou moins insigniriantes.
La physiouomie de I’inculpe, ai-je dit, porte I’empreinte d’une mefiancc excessive. Le premier regard qu’il jette sur vous est toujours un regard scrutateur ; il semble consulter vos traits et les inlerroger, pour savoir ce qu’ils expriment ii son 6gard. II se montre, sous ce rapport, toujours le meme envers toutes les personnes de la maison, envers le directeur, le miide- cin-adjoint, les internes et les employes, envers meme les ma- lades qui soul log6s dans sa division. Ses actions diinotcnt sou¬ vent egalement cette m6fiance ; il semble dolibfirer avant de faire ce cju’on lui demande, refuser quelquefois ou n’agir qu’a-
MfiDECTNE L£(.;ALE.
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vec nil seiilimeiit cle regrcl. S’ilprend iiiibaiii, il examine I’eaii avec soil! pour s’assurer si elle iie reiifeniie ricn cle malfaisant ; s’il se met a table, il lui arrive fr^quemment d’cxaminer la boisson el les mets, et il refuse quelquefois sa iiourriture oii un plat, dans I’idee qu’il pourrait y avoir ciuelque chose cle luiisible lisa same. Il est vcnu se plaindre plusieurs fois do diverses souffrances, les atiribuant laiitot aux bains, comme renfcrmant cles substances nuisibles, tantot a la iiourriture comme parais- saiit conlenir clu poison.
Sa sant6 le preoccupe presque constamment ; il la croit alld- rf'e, languissante, entiercment 6braul6e par les I'udes epreiwes qu’on lui a fait subir, par les substmices malfaisanles qu’oii lui a adininistrCes rnaintes fois. Il sent une c/wleur interieurc qui le d6vore, il 6prouve des sovffrances physiques clu cote de la lete, clu ventre et de diverses parties clu corps, Il demande avec instances que Ton s’occupe delui, quel’on examine scs orgaues avec attention el que Ton se bale de lui ordonner les remecles ii6cessaires. Il est satisfait toules les fois c]ue je I’interroge avec soil! sur la nature de ses souffrances et que je lui fais la pro- messe d’un traitement suivi, apres mure rellexion sur sa situa¬ tion. 11 se plaint, au contraire, de ma negligence, si je ne fixe pas mon attention sur lui, si j’ai I’air de n’ajouter aucune im¬ portance aux souffrances qn’il accuse, et surtout si je les con- sidere comme imaginaires et comme ne necessitant aucuntrai- leraent. Du reste, quelque grandesque soientses preoccupations bypocliondriaques, il n’existe aucune alteration sensible clans sa constitution; tontes scs fonctions organiques s’cxecutent bien; I’appetit est bon ; le tube digestif ne parait etre le si6ge d’aucune maladies«5rieuse.
l,a triste.'^se que nous a\ ons rcmarqude sur sa pbysionomie s’cst iraduile maintcs fois, dans le courant de la journ6e, par de /oiiffs soupirs, ties exclamalions peniblvs, ties paroles enlrecou- pees, cles gestes et des phrases denotant une profonde m61an- colie. «Ah! pauvre morlel! que je suis malheureux! dil-il ANNAL. m£d.-psvcii. 3' scrie, t. VI. Janvier 18(30. 3. 3
» (juelquefois ; si la justice filait juste, me ferait-elle soufTrir » tous les maux que j’endure? » Oil I’a eiiteiulu dice : « J’ai eu I) de gi’auds mallieurs ; ce ii’est |)as tout elicore.. . je vivais avec 11 ma femme. 1. tious clions sous le meme toitj sous la m6me II cblivei ture ; tela ii’allait pas !. .. » Unc autre fols, il disait : 0 Je silisuu UialheUl-eUx persecute...; parce que je vois hieii 11 que I’OU vBlit s’empartr dt mes bieiis j c’tst I'uuique cause des II tolirlUdlits qu’Oll me fail eudur'et. n D’autres fois enfin : » Ou 11 m’a mis avec uii tas de canailles, ou vcut me reudre fou par 11 fdtct. All ! la justice ti’estqU’iiijusiice... > II pousse ces ex¬ clamations de tristessS et ces plaillles, soil a demi-voix, eh lui- mfime et ell se promeiiaut, soil en parlant avec uous au milieu d’Uiie coUversaliOU, suit eh s’adi-essaht aiix malades de sa di¬ vision.
One idee domihalitc, h laquelle se l-atlacheiit pein-etre la plupart des plteiiOiiVeues quo nous avoils signaies, semble regiier dails soil esprit; a eh jugor par ses exclamations et par quelques pacoles qU’il prohonce vagUeUient dans le cOurant de la journee. Cette IdCe esl celle d’avoir de hoihbreux eiiuemis dans son pays et d’en colhpter parmi les ineihbfes de sa propre famille. II est Hebe ; il a el6 rii6riticl' de plusieuls de ses parents; et, a ce titrc; laisse-t-il ciiinpreudre, il a dii recueillir toutes les haiiies que I’oh avait vou6es a sa famille. Ses propres parents iie I’ai- itleiU pas : ihadame C.. . , sa soeur, pas plus que les autres. On voUdrait bion se debarrasser de lui pour jouir de sa fortune. OU le deiesie peut-gtre parce qu’il n’est pas du sang veritable tlesll.;. C’est pour cela qu’on a essaye plusieurs fois de I’em- poisoimer. Dans ce mgme but, ne met-oh pas des substances nuisibles dans I’cau des bains qu’on lui administre dans la Inai- SOh ? PlUsleurs fois, a la suite de ses baius, il est veiiti vei’s moi pour se plaihdre sgrieuselllent de Vodeur particulim qu’il avait ressehlie, de la chaleur brUante interieure qu’il Cprouvait et des lassitudes 'exmsiues qul s’eit etaieilt suivies. Il se plaint assez soUVeiit; etl I’absehce itleme des bains, d’Oprouver de
MfiDliCINU LfitlALR.
grandes lassitudes, uii abattenient phijsique g6n6i’al, mitt pro¬ stration d'e forces, t(iil le feiKli-aifelit ilicitpablB tie travaillei’. Tout cela, suivaiit lui, n’d pas A’aiitre erigiilB qiie les epr'erwes qu’il entlure et les tentativesodieuseS que Toll a Cxercees sursa pei'sonne.
Tels sent les caraclfires g6ii6iaitX que j’ai pu saislr biltiz I’iii- culpb, en I’observant an milieu de sa tlivisioii, eri faisailtSUbveillef ses actions, en causant qublques ihstatlts avbc lui pbridabt iUes visites, en rexaininant sans avoir I’air de lb disiinguer ties auibes nialades et de porter itne attention speciale sur sa llbrsonne. aiais, apres ce premier restiltat, j’ai du aller plus loih el blib’-- cher a pbnbtrer davaiitage tlanS son espl il pour mieux apprbcier la nature tie son btat mental. Jb me suis elTorce alors de lui ins- jtirer quelque confiailce, en I’ecoutant avec attention, eii prc- nantpart a ses douleul-s, eil lui faisaht cOmpreiidR' qii’il troii- verait en moi tin aini et ub dbrenseUb dbsbs dl’oits, s’il voblait bien me faire I’histoire de ses iiialbcur.s et me cdinmuniquer tout son sentiment a I’bgard des soulTancos qu’il subit bt des epreUves auxquellbs on le soumel. .le le fais appeler plUsibUrs fois dabs nioii cabinet ; mais, quelqUe bienveillanibs que soiebt mes paroles, quelqbe pressabtes que soient mes instances, j’ai a surmonter de noblbreUses hesitations pOib- I’ameilef a bie ra- conter sBs peibes, a me faii-fe la cOlilidence des [tensees qui regnent dans son eSfirit. II he se dbcidc, eil definitive, a mb parler ouvertenient que sous lb serment de be pas tlivulgubr .ses secrets. C'est en famille, hl’a-t-il rbpbte souvent, qU’il Taut laver son Huge sale. II h’aVait pas bte question jusque-ia du crime tlOnt il estaccusb. VOiCi be qui rbsiiUb, en i’esubii!, des hombreux eiill-btiens qUe j’ai etis dVee lui dans liion cabinet :
<> Je siiis Ub mailietibelix-, cbbirae voiis voyez; j'ai route ina i> raison ; be itlb considbbbz pas cobiiilb alibilb, liiaiS vebillez » nib tlil'b pourqu'Oi on me h'dilMte 'niiisi d’uil c5l6 etd’autrb,
» [)ourt[Ut}i I’ob me sounlbt a dbs bpi’buvbs alissi riltles. bitbS- " moi si tout eela ebssera, si I’bll se fatigtiora de Ibc tObrliteblbr
30 MfiDECINE LliGAI.E.
n cle cnllc maniere. Vous voulez savoir ina pcnsee sue les prin- » cipalcs pai'liculaiit(5s de ma vie; la voici lelle qu’cllecst, telle 1) fjue les dveneinents m’oiit permis dc la concevoir :
» Je n’ai jamais eu une memoire Ires active, j’ouWiais snrtout 1) facilement les clioses qui ne paraissaient i)as avoir un grand » degre de vraisemblance, qui lie rcposaieiit sur auciiii foiule- » iiieiit solide. Je ii’atlacliais ii ces clioses aucuiie imporlaiice » s6rieiise ; mais il ii’eii est pas de meme aujourd’liiii ; les » epreuves que je subis depuis plusieiirs mois m’oiit rendu » la inenioirc ; j’ai pn rcmonter alors vers le passe, et,
» d’uiie cbose ii I’anlre, je suis arrive ii pouvoir apprecier par » induction une foulc dc parlicularitds que j'avais oublides on ') qui in’dtaicnt restfies inconnues jusque-lii. Ainsi, eii premiere » ligne, je soupcomieque je ne suis pas le veritable fils dc inon 1 pere; ma mere avail manque pcut-etre ii ses devoirs. Mon » pere ne I’aimaitpas, et ne rn’aimait pas aussi ii cause de cela.
» J’ai ele temoin, quoiquc enfant, dequelques scenes qui me le » piouvcnt. On m’a fait entendre plus lard que M. R... ne me » considerait pas comme son enfant. La famillc avail, en consd- » qucnce, jure ma perte ; j’en porte lur ma tetc une preuve ma- I) lerielle bicn evidente. (fl me fait toucher son crane; je n’y constate rien d'appreciable ni rien d’anormal).
« Ma mere est inorte iilnsieui-s amides apres mon pere. Je suis 0 venu dc Toulouse pour la voir dans ses derniers moments. On a la iciiait on chorte privee ; elle voulait me parler eii parlicu- » lier, maisonneluieulaissaitpaslapossibilite. Gependant, ayant » ]ni me parler 111! jour, elle me fit entendre (]u’e//e inouruit I) empoisonnee et qu’elle soupcounait sa fille, anjourd’hui ma- II dame G..., cl unde ses beaux- freres, d’etre les auteurs de a son empoisomiement. Gependant, quelque coiifiance qii’elle a eut cn moi, on finit par I’aigrir contre ma personne, et elle a accuelllit tres mal la proposition queje lui fis, sur les instances a de ines parents, de m’cmanciper avaiit sa inort. Elle me re- 8 poussa avee colere, me menaca meinc de me ddslidriter. Je vois
MfiniiCTNE LfiGALE. 37
» bien inaiiileiiant cjue le coup ctait monte; que I'on mavnit 0 pousse !i cotie deinarclie pour me meltre nial avec elle.
» iMa soeur, maclame C.. iii’a pour aiiisi dire avoue un jour » que des relations intimes avaieiit existe entre ma mere et mou » beau-frere, qu uii enfant eii etait nc. qu’elle-meme avail 6l6 n seduite parce mfime parent. Apres la, inort de ma mere, on n mit ma sceur an couvent, on elle a laissfi le fruit de ses rola- » lions intimes. Mon oucle, reduit a une faible pension, sortit » de la maison pour aller habiter Bonifacio. La, etant recu dans » la famille T... a litre de beau-frere, il y a s6duit, j’en ai » maintenant la certitude, une des fdles qui devait plus lard » devenir mon epouse, coilimc nous le verrons plus loin.
■I Dans ma jeunesse, j'ai couru de grands dangers : on m'a- i> vait menace de inort si je nc quittais pas le toil palernel. Dn » jour, iirinstigaliond’unpretre, anime par unespritde vendetta ii (vengeance), un jeune Iiomme me porta un coup de poiguard » dans I’eglise de Sartene. Ce meme individu essaya une autre fois de me lucr, et, cequi est deplorable, le conseil municipal » du paysscmblasoutenir cet assas.sin. On m’avait pousse, pour » me comprometlre, afaire dans le conseil une proposition conlre >1 lebeau-pere de ce jeune homme, ijui etait un commissairede » police. En faisant mal sangler moncheval, on m’avait expose, u jeune encore, aperirala suiledediverses chutesqui m’etaieut 1) arriv6es. Etant tombe malade d’nne pneumonie, tons les » mfidecins voulaient me saigner ; je ne voulus pas me laisser » faire. Je finis cependant parchoisir un mddcciu qui me saigna r en iremblant. el qui me lira du sang mele ii la bile. On me » donna, ii cette occasion, des remedes de cbeval; on me posa » des v6sicaloires qui m’arrachaient les chairs. Le parti etait » pris de me faire mourir : mais j’avais taut de courage et de 1) resignation, je monlrais des sentiments de cteur si 61evc*.s, que )i mes parents en furentatlendris et renoncerent cette fois iileur >1 pi-ojet alroce. Une autre fois, on me. fit manger des champi- I) gnoiis auxciuels on avail ajoitl6 du poison. J’eus des vomisse-
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» menls, et l'6nieiique que je pris me debarrassa dc tout cola.
« L’age d’etudier le droit elaiit anivd, on se ddcida a me .) faire partir ppuf Dijon ; tpais avant de quitter mon pays, un » de pies oncies, pressentaiit une mort prochaiue, me fit des j repptnmandalions nombrenses a I’pccasion de ma conduile a « tenir dans I’aveiiir, des successions que j’aurais a recueilliret » des prdpautions qu’il y aurait un jour a prendre pour la con- » servalion de ma propre persoune. Arrive h Dijon avec mon » frere, le doyen de !a Faculte me fit appeler un jour pour me 1) donner des conseils, me laissant cvlendi'e que je devais etre » I’objet d’uue grande suspicion au sein de ma famille, soil a » cause de ma couduite passee, qui n’avait pas toujours dtd II excellente au gre de mes parents, soit a cause des doutes » qui existaientsur ma naissance. Lp doyen me park egalement » de la possibility de la mort de mon oncle, me recommandaiU II de ne pas retournereu Corse, si un 6v6nement pareil arrivait.
II La nouvelle de la mort de cet oncle..., tue par un ennemi, II av-fiva en efl'et quelques jours apres. Mon frere voulut partir », raalgre le tlpyen; je le rejoignis a Marseille, et nous arri- » vames tons lesdeux a Ajaccio pu residait notre oncle. La, des » soupcons me surviureut sur k reality de cettc mort. Je suis I) persuaciy aujourd’hui qu’il vit encore, bien que Ton m’aitfait » cornprendre, tantot qu’il yiait mort, lantot qu'il ytait vivaiit.
II Depuis la mort ))rytendue de mon oncle, deux kits impor- r> tants cloivent etre signales, le premier est une tentative » d’empoisonnemeut exercde sur ma famille par un berger. Je n pense que c’est mon oncle P... F... qui avail fourni le poison. « l.es defenseurs du berger en accuserent mon beau-frero C... 1/ Mais c’est k une histoire corapliquee que je ne veux pas I) detainer et ciui aboutit pour le berger a une condamnatipn a I? vingt alls de iravaux forcys. Le second kit est rplatif a divers » projets de mariage que Ton kisait avorter ii dessein, dans le II bul de me iiuire. FlaiU ii Paris, on m’ayait conseiliy de in’y » niarier, parce que, en Corse, on cbercherait ^ erapeciier
MfiDKCUMi ifeuALli. 39
II toiijours toute especo d’Hiiion, ou que Ton s’iPTSngpi'Mil dc I) inaniere h mefaire epouser uiie feniiric d6ja uiariiie. Le due >> de Padoue An le premier a me dire que je feiais bieu d’e|)ou- » ser ma cousine T..., quoiqu’elle eut eu qn enfant de sop » oncle. Je me reeristl ; mais il me r6pondit qp’il fallait an'TOger 1) en famille des affaires de cetle nature. Dans ce menie but, men » oncle P... F,.. m’avait conduit plusieurs fois dans la famille I) T... Mon oncle 'I'.. . viiit un jour me voir h Sarteiie, el i| y » eut enire nous echange de cadeaiix. Mon frere, presque au I) lit de mort, me pressait viveinent de faire. ce mariage ; mes » oncles in’y engageaient aussi beaucoup. On pie vautasavertu, I) ses qualites, et Ton fmit par me persuader quo sa conduile » avait toujours 6l6 excellenle ; cependatU on s’anangeait tou-^ » jours de maniei-e a ce que je reslasse nn peu jalouif eiivers n ma cousine. On me fitaller enfin a Bonifacio ; la on me donna » a boire de je ne sais quelle eau qui me Iroubla les sens. Ou II me fit comparaitre devant le maire du pays; on me pria de ■> signer sur des registres en blanc, sur des cabiers a double » expedition. Tout cela ressemblait plus a une comedie qu’a I) une chose serieuse. Qn en fit de inline it I’eglise ; ce fut ep-- I) core une espece de farce il laquelle se pre'a le curd do la ville,
» Plus tard, apres le mariage, on m’a fait comprepdre que » j’avais dpousela femme de mouoacle. Jelecroyais sans peine,
» attendu que I’un de mes oncles m’ayant laisse sa foriupe,
» I’autre pouvait bien me ceder sa femme. Mop fils J... ne Il m’appartienl pas. Ma femme a eu plusieurs grosspsscs, tuais 11 j’ignore ce que mes enfanls sont devenus. File se faisait ayor- 11 ter quelquefois pour pe pas m’inquieter, et je crois qu’elle II conservait dans une jarre en terre le fruit de ses re|aliou.s 11 criminelles. Ma femme elle-meine me I'amit fait coin- 11 pi'erulre.
11 Mon frere, en revepant d’llalie, qu il digit aUd pour sg 1) saute qui dtait ddlabrde, me dit, it son lit de moi t, qu’il mou- I) rait empoismne, et qp’il ne s’en plaigpait pas, alteudu que
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u clepuis longtemps ses ennemis avaieiit jiu-6 sa pei-te. II me » donna le conscil dc m’allaclier a mon enfant J... et de le faire » mon hfiritier. Ge que je ne compi'ends pas, c’csl que, dans » les derniers temps qu’a vecu ce frere, on I’a lenu encitaine » dans son lit, j’en ai anjourd’hui la certitude.
» Le temps inarqud pour les epreuves que Ton voulait me » faire subir avancait a grands pas. Le doyen de I’licole de droit » de Dijon m’avail fait entendre que, dans une douzaine d’an- » iiees, I’oncle quo Ton disait inort rcviendrait el qii’une nou- » velle fainille serait produile pour recueillir mes biens. Ce » serait trop longde faire connailre tons les details pr61iininaires j i\c cede sorte de jeu. Mais bienlot, d’une part, on me fades » menaces d’interdiction ; d'une autre part, une tante clierie » me consola en me disant que cela n’aura pas lieu. On prepare » tout, en un mot, pour que, dans un moment d’6garement » occiisionnfi par la boisson que j’avais prise la veille, j’assassine » ma femme et que Je devienne ainsi un grand criminel. Je lui » ai port6 en effet des coups de stylet. J’avais lieu certaine- » ment de me plaindre d’elle, mais je croyais avoir le caline 1) ndcessaire pour supporter les rudes 6preuves qni se prdpa- 1) raient sans en venir a cette extremite.
.1 J’6tais alle passer quinze jours h la cainpagne pour me dis- » Iraire : j’entendis lit encore parler d’interdiction ; mon bonnne » d’alfaires en parlait a mon berger; j’en fus tres inquiet. Ma » tante m’avait un peu calme, en in’assurant qn’il n’en etait » nullement question ; mais j’avais conEpris, d’un autre c6t6, ■) qu’il s’agissait de quelque chose de pire que I’interdiclion ; on u en parlait toujours d double sens; ma femme in’avait dit que 1) j’avais besoin d’un inedecin, que mes livres me faisaient perdre n la tele et qu’?<n barbier (1) viendrait un jour me les jeter par » la fenetre. Toutes ces idees me lourmentaient beaucoup de- » puis quelques jours. Je sais que Ton me faisait boire de I’eau
(1) Le mot de barlier est pour lui uiic allusion oflens.onte.
MfiDECINE LfiGALE. 41
qui me brouillait et qui me lendait idiot. Le jour de I’dvfi- ncmeut, je priai ma femme d’avoir pilifi de moi, de ne pas m’abandonner, de me saiiver. J’eiitendis du brnil a la porle de la chambre ; on pailaii fort. Lecur4me suppliait d’ouvrir; je roj-ais la des projets divers dout je lie me rendais pas bien compte. Madame B. .. leur disait bien: N’ouurez pas, ou il me tuera! Maisje voyais qn’clle chercbait ii ouvrir. Je I’ai frappfie dii stylet doiit j’fiiais armi5 an moment on, s’appro- chant de la porle, elle a 4te siir Ic point de I’ouvrir.
I) Dll reste, tout cela ti’a i5le qii’im jeu; je ne pense pas que ma femme soil ri^ellement inorte. On in’a pousse a cela pour avoir de nouvelles accusations centre moi. Elle s’est arrangee de maniere ii me rendre rcsponsable de fautesdont je ne suis pas coupable ; ainsi, d’avoir fail enebainer mon frere ii ses derniers moments, d’avoir complete contre la vie de I’Empe- reur, d’avoir fait empoison ner plusieurs de mes enfants, d’a¬ voir oper6 divers avorlements, etc.
» Depuis cet evenenient, j’aieu ii supporter les epreiwes les plus torribles ; j’ai endure tons les affrords imaginables; j’ai pass6 par tontes les craintes les plus penibles, j’ai subi int4- rieurement les ogitatior.s les plus affreuscs, occasionnees par les boissons funestes que I’on ni’a fait prendre et par les (5pou- vantables souvenirs du pass6. Tout ce terrible passe que j’avais soiipconn6 etait oublie dejiuis longteiups; c’elait pour moi ii I’etat de lettre murte... Mais mes yeux se sent ouverts a la Itimiere par suite dc cos dpreuves; j’ai acquis la menioire et rintelligence dupassi’', etj’aialors parfaiteinent compristoutce quo jen’avais qne soupconne, toiitce quej’avais inenie ignor6 compl6teraent. Dans la prison, on m’a toujours tenu entre la crainte et I’espoir; on in’a pail4 nn langage dc signes. On me domiait qiielquefois du bmiillon par moquerie, attendu que chez lions, cn disant de quelqu’un c’esl un bouillon, on veut dire qu’il n’a jias d’esprit. On me parlait, en me faisant des grimaces qui avaient diverses sigiiificatious ; on me donnait 4
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AlfeUKClM LteAJ.E.
■> bo.ire de I’eau qui me faisait clu iqal, et, lout en Vfijelanl >1 la salive qui elait comme empoisoauee, j’en elais malade. Ma » iiouiTilme m’obligeait aussi a craclier. On me faisait lous les » jours mille propositions diverses, lantut on me laissait eutrer 0 voir la mort, le poison, le sejour dans une maison de fo,us, » I’interdiction, un conseil judiciaire; lantot on avait I’airde me n dire que dorduavaut on me ferait vdaider cliez un de Uies pa- » rents, ou que Ton tnti ferait dpouser une liile nalufelle, soit 0 de ma soeur, soit de ma femme , lanldt enlin que (’on me per- » metlrait de i eiilrer cliez moi sous un nouveau tilre. Ce sent ,) ces rudes dpreuves qui m’ont redonue la m.ewoiveet rendu » I’inlelligeuce du passe, mais ce retonr de I’intclligeuce m’a » coule bien cber; j’ai beaucoup souffert et je soulfre encore.
■» En definitive, je me trouve dans nue maison d’alidnes, el tt je ne vois pas de lei’uie a ines dpr.euves. J’cusse pieferd la » mart... quo la Pfovideuce ni’av ait assignee et a laquelle je » m’atiendais... lei je suis bafoue par tout le monde, oq me » traile avec ignomiuie ; Je meurs a tout instant a petit feu ; on » m’avilit, et, en rn’avilissant, on me tue. Je deniande pogrtant » a rosier ici, si, en sortant, on doit coutiuner a mefairesouf- » frir. Mai.s c’esl en vain que I’egoisme et les prejuges chercltent I. a me rapeiisser; je me sens eucofe assez grand pour hono.i'er » ce pieux asile. Accable et Itumilie, je mo sens foft sous le rc- « gard de Dieu par le droit de riutelligence, par ma dignite mo- » rale et par les affii inations de ma conscience. »
'I’el est le rdcit, reduit a ses pai ticularites les plus essentielles, que j’ai oblenu de rinculpe dans, nos divers enlreliens. Se lais- sant aller quelqnefois, sur plusieurs circonstauces de sa vie, a des details irop minulieux el d’une pvolfxitd excessive, il in’a fallu le prier d’etre plus eoncis, derevenir, api tsqueLques jours, sur certains fails, el tneine de me faire par ecrit le resume de diverses parlies de son discours donl le sens etait resle up pen obscur, ou que je feignais de u’avoir pas pu bien coniprendfe. Je voulais m’assurer par ce moyen si ses idees ne varieraienl pas,
MBUJiClNE EiiGALE.
si ses (leclarutions relaljvement a ses pens6(‘S dorninanles seraient loujours les menies sans aucuii changenient imporlant. Son recit n’a jamais varie; ses ecrits etses paroles out loujours accuse les memes plaiiUes, les meraes parlicularit6s, quoique exprimees en lerines {li(T(5rents. II a loujours 6te calme clans ses entretiens; ses paroles ont et6 su ivies, sans aulre incoherence tjue celle signal6e plus haul, de passer quelquefois d’un fait a iin aulre, sans line transilion naturelle. II a 616 habituelleinent Iriste, rempli de mfifiance, iiUerrogeaut souvent ma physionomie, tpe regardant souvent de leavers, hesitant h me faire connaitre certaines particularites. II aiinait mieux tne raconter verbale- ment ses id6es que de les 6crire; el, quand il me remettait ses 6crits, c’6lait toujours sous la condition du secret el simpleraent il litre de communication ; il n’avait plus- de repos quejene lui eusse rendu les papiers qu’il m’avail confifis ; il me les reclamait tous les joui's avec instances el les d6chirail imm&liatenient, di- sant qu’il ne faul pas laisser suhsister des details de faraille aussi degoutants que ceiix-lii.
Il ue me resle plus, pour completer tout ce qui l esulte de mes ohservaiions, qu’ii faire connaitre divers . passages de lettres 6crites dans la maison, qui me paraissent de nature a caract6- riser egalement lY-tat mental de I’inculpe. On y lit ce tjui suit :
« 1“ Je prends la liberte, monsieur le docteur, de vousficrire » pour vous prier d’apporter quelque soulagement a mon pauvre » corps, travaill6 encore a la suite des rudes 6preiives que Ton n m’a fail subir.
» Quelque chose de brulants’est mele an sang qui coule dans » mes veines, et ma tete fatiguiie est loin d’avoir I’aplomb el le » calme qui appartiennent a r6tat naturel.
I) Jeme rappelleque, pendant les epreuves, raon sang, quoique » bien plus agile par je ne sais quel liquide invente pour me 1) torturer, se calma immedialement au simple toucher d’une I- substance humide que Ton me dit etre ammoniacaie.
» »la tele avail dte mise dans un etat d’idiotie presqne com-
M^DECINE LliGALE.
hk
» plele ; ellc se irouva parfaitement degagee dans I'cspace de » qiielques heurcs, & I’aide d’une boisson qiie Ton me dit etre » plwspliorisee, mais qni satw’ve par Je ne suis quel scl » doiU les effels etaieiit analogues a ceux de Vethicelle cHectri- 0 que sui' le corps luimain. Le sel se degageait par les po!'CS cu- » tanh, sur Ions les points de la superlicie de la peau, mais a » plus forte dose sur la poilrine. .I’ai cru a propos, monsieur le » docteur, de vous fournir ces details par f’crit, afin que vous ■> piiissiez retrouvcr le remede que la science a mis .i cote des n effets internes ([ui ont 6te produils sur moi.
0 Je ne pourrais jamais vous prouver ma reconnaissance,
» mais seulement vous la t6moigner. Votre r6compense, vous H la trouverez dans la satisfaction d’avoir allege une soulfrance » ct ouvert votre coeur a un sentiment d’humanite.
» 2” Monsieur le docteur,
» Je me ])lains de la couduite que vous tenez a mon egard. 1) Comment! je souffie depuis pres de six mois le martyre, » j’arrive dans votre Mablissement, je m y trouve depuis a peu » pri'S un mois, et vous ne me portez pas le moindre soulage- » menl. Vous n'avez d’autres remedes pour moi que les bains » qui amollissent et finervent le corps, et cette humiliante disci- I) pline qui sort a former desesclaves. I.e Tasse, me direz-vous, n fut soumis pendant sept annecs entieres a la vie de rhbpilal, » c’est vrai ; mais il y a si loin entre moi et le Tasso qu’entre » un pygmee et un geant; mais le Tasse rcncontra, dans son » asile meme, des adoucisseraents aux rigueurs du due de Fer- » rare, puisqu’il y composa cet immortel chef d’oeuvre que la » poslerit6 se U’ansmettra de siecle en siecle, en placantson nom » a col6 de ceux de Virgile et d’Homere. Qu’est-ce qii’il y a do » commun entre M. Aubanel et I’indocte commis d’AlpIionse? 1) et pourtant toutesmes rficlaraaiions sontfrustrfics, rafime cellos I) qni tendent a changer mon etat de soulfrances interieurcs! II J’altends.
MfiDECINE L/iOALE.
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n P. S. Jo me sens loujours bruler iiitfirieurement, ct vous » me pardonnerez si je vieiis vous rappeler aii souvenir de ma » premiere lettre.
» 3" Je ne dissimule pas mes plaies, mais je ne croyais pas » quo ce fut une raison de me faire tant soulTrir. Je me de- 0 raande quels soiU mes torts personnels et quel futmon crime?
» Je joue sans doute le role le plus piteux, le role de I’ane dans I) les Animaux malades de la peste. .. J'ai travaill(5 toute ma vie » pour le bicn de mes semblables, auxquels je n’ai jamais vo- >' lontaiiement cause le moindre mal ni la moiudre peine. Mon >■ IJieu ! je ne puis in’empecber de trouver la soci6te mau- ■> vaise, elqueces temps ressemblent, avec un raffinement de » civilisation, aux temps n6fastes de la Judee et de la Grece.
» Comment done rhumanit6, en ayant borreur de son pass6,
» retombe-t-elle toujours dans les memes 6carts? I’ourquoi » done persecute-t cllc, avec une si flagrante injustice, ceux qui » auraienl donn6 jusqu’it lour vie memo pour I’avenement.du » regne de la justice ?.. . Je mentirais a ma conscience, si je ne >' protestais pas centre tout le mal que Ton m’a fait, et je n’ai I) rien a esperer de ma protestation ! Le Sauveur des homines » deraandait a ses juges : Sifai peclie, diles-moi en quoi je » sitis reprehensible, et si je n’ai pas peche, pourquoi me » persecutez-vous? Quanta moi, je le sais, on ne m’a pas infime « laisse le droit d’adresserde semblables plain tes, etje ne par- » tage avec le bon Sauveur que la couronne d’epines, le roseau, » I’eponge reraplie de fiel et toutes les moqueries dont il fut » I’objet, souillure dont dix-huit siecles d’expiation fervente !> out pu a peine a demi lasser I’liumanite. Hiilas ! avec la con- I) science d’avoir toute ma vie et de toutes les forces de mon 1) ame aspire au bien et d’avoir 6t6 en butte a des persecutions » que je ne crois pas avoir m6ritees, je ne puis, comme lui, » (|u’adresser au ciel, pour ceux qui m’ont iiersficute, cette
i|6 MEDKCINE LteALE.
I) humble priere : Pater, dimitte illis, non enhn scilini quid « faciunt.
u U° Toute ma vie a une longue epreuve de trente-quatre » ans, contre laquelle, pour resisler, il in’a fallu une grande » apathie nalurelle et un vice d’esprit provenant dc I’llabilude » et de I’educalibn. J’etais fou, inais riia folic etait la plus noble ti de toutes, celle qui croit a la verlii, el la plus tcnace, parce » qli’elle etait fondfie sur la nature. Je vivais d’aspirations, de » foij de conliance etd' amour. Blendes passions sc soilt agitSes » autour de moi. J’etais peul-6tre, an milieu des eieilieiUsqui » in’ontouraient, reiemeni le plus desinierfesse, le plus hoimGte » et Je plus pur. J’ai 6te jou6 toiite ina vie!
0 La grailde difficulte, le grand obstacle, est dans la question n d’interct. Cette question est logiqueraent etmnralement rfeo- n lue a regard de niesoncles, ma sceur se Irouvaiit, moins les 11 6preuves que je subis) dans une situation egalo a la mienne; 11 La plerre d’achopjjement est mon beaii-lVere. La succession 11 paternelle passant intacte a mes oncles, c’est lui qui se revet II de mes d6pouilles. Il a et6 assez ladre pour passer un acte 11 inique, et il sera assez lacbe probablement pour vouloir le 11 maintenir. S’il se contentait seuleraent de me prendre mon 11 bien ! mais c’est ici I’hisloire du loup et de I’agneau.
11 Vous me demaudezj tnonsieur le docteur, I’exposfi des 11 epreuves que j’ai subies. On m’a d’abord fait eprouver une 11 rfoM/ewrafgiwe, elpuisortmeragu6rie. On m’a mis dans un eial 0 tel a me faire croire que j’(jtais empoisonmS, et que j’avais tu6 11 madame B..; J’ai 6te ensuite conduit en prison, ou, I’ivresse 11 pass^e, je suis complfitemeni revehu de ces dbux erreurs. On 11 m’a rMuit a un 6lat d’idiotisme presque complet, et puis; 11 apres quelquesjours, on m’a rendu, au moyen d’une potion, 11 k l’6tat primitif; On m’a ensuite dohnfi une inemdire prodi- 1) gieuse qui me rappelait coilstamment des souvenirs d’espoir 11 et de crainte, el I’On m’a fait souffrir (out e<e qu'm homrne
MfiDEClNE EliGAEE.
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» pcvt souffrir. On in’a fait voir toutes les chases en beau, par « une sublimation, si jc puis m’exjn-imer ainsi, do riiilelligence, .) poison a travaille ma tete parles divers etats de folio simiiloe, » Tonies Iries id6e3 s’eraient broidllees ; olios so sont ensuite > iliselisibleilKinl d’&brmiltees el recomposees He manibre a
I faii-e naitre eii moi, ii I’aide de la inomoire etde rintelligence, » t)e noilvelles convictions^ Les details des epreuves que j’ai » sUbies seraient presque infinis; jo me borne a cO quo jo viens
II de voUB dirC) en y ajontant qiie cos epreuves devieiidront un » Veritable bienfait pour moi, au point de vue de I’intelligeilce,
» si los deux inconvenicnts (|Ui en sont resultbs, un feu conti- » nuel qui me ronge et line faiblesse de lete que je vous ai si- » gnalee^ viennent a disparaitre. Ce dernier bienfait, je I’attends II promplcmenl de vous avec confiance. »
5" Dans urte rbponse ii sa soeur qui lui avail ecrit pour le consoler, on lit ceci :
« Tos affaires t'emp6cheront sans doute de venir me voir II aussi loin i d autant plus que V... t’eu empecherait. On fait >1 tout pour avoir de rargcnt, et le sang se souvieiit, S..., le >' chefde la maison de ton mari; vendit son propre frere aux » Gbhois, poUr un peu d’argent ! Je comprends I’embarras de » ta positioiii et, bien que tu ne mbriles rien, je te jure que je » ne t’en veux pas ; et afmque tune te fasses pas d’illusion, je » t’en ferai coUnaitre le vrai et unique motif, c’est que tu es >1 ma sceur. »
Les diverses leltres de sa famille qu’il a rocnes a Marseille, et dans lesquelles on lui prodiguait mille consolations, ne I’ont jamais satisfait; il en a toujours et6 irritfi, les ddcbiraiit en mille morcbatUc, pousstuiti en les lisanti des exclamations de piti6 fet de colbre, ne paraissant accessible ii aucun sentiment de sensibilitfi et d’affectiou a regard de ses pJrenls, m6ine en- vefs ulle de ses lames qu’il avsit autretois toujours affectionu6e.
II ne s’esl decide h re|Jt)l1dre a stl steUr que sur mes instances
leiterees:
C. — CONSIDliRATIOKS MfiDlCO-LfiGALKS SUR LES FAITS RELATfiS.
Les fails qui out 6l6 relates conimc resultant de rexaraeii du dossier de I’affaire et de I’exploration directe de I’individu sont- ils assez caractfiristiques pour la solution du probleme qui m’a ete confix, a savoir si I’inculpe est atteint ou non atleint d’alie- nation mentale, s’il simule ou non la folie, et, comine conse¬ quence naturelle, si le crime dont il est accusfi a 6le produit en pieine jouissance du libre arbitre ou sous rinnueuce d’un des- ordre intellectuel ? Ces fails suffisent pour la solution de ce probleme ; ils sent coinplets, significatifs et concluants ; leur interpr6tatioii scientifique nelaissera aucun doute sur la nature reelle de I’ctat psychologique de I’inculpfi, soit dans les temps qui out precede I’evenement, soit an moment dela perpetration du meurtre, soit dans ces deruiers mois, depuis qu’il est dans les prisons et qu’il a ete soumis a mon observation. L’examen direct auquel je I’ai soumis suffirait ii la rigueur pour la deter¬ mination de sa situation mentale ; mais, comme tons les faits etudies se pretent un mutuel appui, et que de leur ensemble surtout doit decoulerla conviction qu’il s’agit d’oblenir, il sera plus logique de commencer par les antecddenls et d’arriversuc- cessivementaux phenomenes qui ont suivi, tout en empruntant, dans le cours de cette appreciation, a Tune ou ii I’autre des di- verses categories de faits, les preuves qui pourront me metire sur la voie de la verit6.
I. — L'inculpi elait-il aliene avant I'evenemcnt ?
Un premier fait, qu’il ii’est pas permis de revoquer en doute, est celui de I’existeuce dans la famille R... de trois casd’aliena- tion mentale. be dossier n’en parle [las, inais des personnes tres honorables I’ontatteste, etpuis-jenepas regarJer leur declaration comme vraie, lorsque I’un des trois cas signalds a 6te constate par moi-mSme dans I’asile de Marseille? L’her6dite estune cause
.m£de(;ijse legale.
l)uissante de folie ; elle peiil piovenir du perc ou de la mere, remoiiler jusqu’aux a'ieux, ct quelquefois se rattacher a dcs lignes coilat6rales. 11 ii’est pas I'are de voir cette singiilierc pre- disposilioii origiiiaire se inanifoster simplemont sur une seule braiiche, et meme quelquefois sur la totalile des enfaiits d’uiie famille, saiis qu il ait existe cliez les ascendanls aucun cas reel d’allenaiion mentale. La science n’a pas encore peiidtre tous les inysteres de la transmission hdreditaire, ni des predispositions natives pouvanl tciiir quelquefois sans doule il des devialions de la vie intra-utdrine; mais nous savons dejii que certains etals psycliologiques du pereou de la mdre, qui ne .sont point encore de la folie, quelque bizarres qu'ils paraissent, sullisent pour expliquer la production de cette maladie chez les enfants, et que dlverses conditions patbologiques des centres nerveux, comme celle, par exemple, qui resulte de I’nsage immoddre des boissous alcooliques, entraine cette sorte de ddgdiidrescencc native. Lette expression de cancer moral, dont se sont sends les mddecins de Sarteiie pour caracteriser ce vice hdrdditaire, exprime parfaitement la predisposition originaire existant dans la famille de I’inculpd.
Quand cette prddisposition est rdelle, il est rare qu’elle ne se fasse pas sentir de bonne lieure, dans le jeune age, par dlverses singulantes de caractere, par des habitudes excentriques, par de I’irritabilitd, par de la Idgeretd de I’csprit, par une grande ddviation du jugement, par desiddesoriginales, par une coiuluite plusoumoinsddsordonnde, par un ensemble, enunmot, dephd- nomenes psychologic|uesquldtonnent, qui inquietent les parents et qui font cousiddrer les individus de cette catdgorie comme a demi-fous, comme timbres, sulvant I’expression dont le public se sert habituelleraent. L’inciilpd ne se trouve-t-il pas dans ce cas ? N’a i-il pas prdsentd, tres jeune encore, et a un liaut degrd, tous ces plidnomeues moraux dont I’iinportance est incontestable, et que le mddecin alidnisle voit si souveut se transformer plus tard en une folie bien caraetdrisde ? Il n’est pas permis d’en anxal. MEU.-l’SVCil. 3 serie, t. Vl. Janvier t860. 4. 4
50 MfiDECINE LfiGALE.
douter, en presence des tcmoignages si inulliplife sur la nature
de ses ant6c6dents.
Les certilicats des medecins clablissciu que, des sa jeunesse, il s’est fail remarquer par des excentr idles, par des bizmTeries dans les idees, par {'extravagance de ses propos et I’absurdit^ de ses raisoiinements. Le cure du pays avauce qu’il a toujoiirs passe pour un esprit incoherent et timbre. Les declarations de la plupart des temoiiis renferinent des expressions diverses qui caraclerisent parfaiteinent son etat mental: il etait A’un-esprit leger, bizarre etd’iin caractere sans consistance ; il n’a jamais eu tout son bon sens ; e’etaitwne fete legere; il se passait dans sa maison des se'enes diverses a cause de ses ezcentricites ; il fal- lait Ic calmer comnie un enfant ; il se passionnait pour toutes les utopies ; il y avail en lui une tendance marquee it la folie ; e’etait une pauvre tele ; il 6tail ombrageux et taquin, d’un caractere leger et inconsequent ; on le considerait comme un maniaque, et comme un jeune bomme. d’un ties faible esprit. Sa femme, en lui reproebant ses extravagances, lui disait quel- quefois : Tad’ cite sei un tonto. Ne sait-on pas, en outre, d’a- pres certaines depositions renfermees dans le dossier, et d'aprts quelques renseignernents oflicieux qui me sent parvenus, que saconduite a souvent inspire de I’inquietude i sa famille, negligeait V administration de ses biens, que ses parents, lour- inent6s par ses habitudes de dissipation qui pouvaient compro- mettre son patiimoine, s’etaient quelquefois demandd si Ton ne ferait pas bien de I'interdirc et de lui nommer un curateur? Il avail la manie d’ecrire et de se faire irnprimer . Il se croyait appel6 it rfigenerer I’espitce humaine, il passait son temps a composer des m6moires qui le rendaient ridicule ot. I’exposaieut a la risee publique. Sa pauvre femme en souffrait beaucoup ; elle combattait sans cesse cette malheureuse tendance, et elle lui disait bien souventque ses livres finiraient par lui faire perdre la t6te. Dans les 6v6nements politiques de 1 848 et dans ceux qui out suivi, il s’est fait remarquer, it ce que Ton assure, par
MfiDECINE EfiGAEE. 51
me grande exaltation, par des excentricites nornbreuses, par des actes d'une rare exlravagance. L’autoritfi fut obligfie de le faire emprisouncr momentan^ment, a cause dii trouble que ses inanifestatioiis politiques occasionnaient.
Dans cet ensemble de parlicniaiilfe que les t^moiiis ont fait coniiaitre, il est impossible de iie pas reconnaitre la plus grande disposition a la folic. Ce n’6tait pas encore la folie elle-mdme, mais c’dtait, on pent le dire, une organisalion speciale, incom¬ plete, vici6e, a laquelle une fatale lieredil6 avait preside, se tra- duisant dejii par des actes pen raisonnes et insolites, pouvant marcher iiisensiblement vers la maladie ou se troubler, sans resistance aucune, sous I’influencedequelque cause morale per- lurbatrice. 11 est dilBcile de determiner la cause r6elle quia pu se surajouter a cette predisposition native, pour occasionner le derangement de cette faible organisalion cei-ebrale. I.es declara¬ tions des temoins ne nous apprennent rien de positif a cc sujet. Ou avait cm d’abord que quelque seiuimentde jalousie envers sa femme avait du y contribuer ; d’autres ont pense que la craiiUe do rintercliction I’avail beaucoup inquiete ; il eti est qui I’oat attribue a un proces tout recent, venu k I’occasion d’une delimitation de terre ; mais la maladie, k mon avis, exisiail a un certain degre, autcrieurement a I’actioii de ces causes dont la realite est loin d’etre deraoniree. I.a condiiite de ma- dame B... ayant toujours ete exemplaire, iie doit-on pas con- siderer deja cette sorte de jalousie, si jalousie il y a eu, comme un premier symplome de derangement? Cette idee, du reste, ne le lourmentait pas, dit-il lui-meme, et son proces egalement ne I’avait pas beaucoup inquiete. G’est la menace de rinler- diction, ajoute-t-il, qui lui a inspire les plus gi-andes inquie¬ tudes ; mais ne s’est il pas exagere cette affaire? Ses crainles etaient-elles bien fondees? Cette idee d’interdiction ne s’est-elle pas prodnite, en dernier lieu, k mesure que se sent montrec d’aulres signes d’alienation mentale? J’examinerai bientot cette question. Quoi qu’il en soil, cette derniere circonstance etiolo-
52 MCDKCINE r.lif.ALE.
gique no pourrait Glre iiivoquee que poiu’ expliquer la perp6- Iralioii (lu ineurtre, la procliiclioii de I’accos, sous riiiflueiice duquel I’GvGiiement serait arrive ; elle iie pourrait jamais nous sulTire pour nous reiulre corapte de I’erigine de la maladiequi, suivant toutes les probabilites, est anterieurc de beaucoup a ce malheureuK dvcncinent. On aurait pu I’inlerdirc, il csl vrai, coinine prodigue et,non coinme fou ; inais la folic eut G(e iiivoquGe sans doute dans ces dernicrs temps, si la famillc avail voulu recourir serieusement h cette mesure judiciaire, ainsi qu’elle pouvait en avoir eu quelquefois le projet.
11 est une cause dont ne parle pas le dossier, mais dont I’existence doit elresupposGe, qui a pu, a en juger parquelques declarations de I’accuse, avoir conIribuG singuliercincnt a trou- blcr son cerveau. Dos haincs inveterGes out exisle centre la fa- inille R...; [s. vendetta'^ a fait de noinbreuses victiines ; des inembres de cette fainille se sont venges par la mort de plusicurs de leurs ennerais. L’inculpe, heritier, jeune encore, d’une belle fortune territoriale par suite de la mort accidentclle ou nalurelle de ses proches parents, n’a-t-il pas ete effraye de la grave rcs- ponsabdilG qui allait peser sur sa tete? Ne s’est-il pas demande s’il ne serait pas destine lui-meme a perir sous les coups do ses iinplacables eniiemis ? If dit lui-mSme avoir ete menace ii diverscs reprises. 11 y a sans doute aujourd’liui de rexagGralion maladive dans ses dGclarations, mais on m’a assurG que des tentatives rGelles s’elaient produites a son Ggard, et, en delinitive, ses exagerations actuelles ne dGnotent-elles pas en vGritG la preoccu¬ pation penible ii laquelle il etait en butte depuis sa plus tendre jeunesse? On comprend combien a pu etre pinssante cette cause perturbalrice, comment elle a pu linir, en agissant lenteinent sur sa frGle organisation, par alterer graduellemeut ses facultes et le conduire insensiblement a la folie.
Uu resle, quelles que soient les causes qui out pu agir sur lui, voyons en derniere analyse s’il y a cu inaladic, et a quelle epoque elle aurait coiuinencG a se montrer d’unc manierc Gvi-
MfeDEClNE LliGALE.
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clente. On ne pent avoir quo ties presomptions sur le debut reel de I’afTeclion rnentale dont il a 6le atteint, le desordre n’etant survenii que lentement, ne se inontrant que par iiitervalles et s’dtanl tradnit pendant longleinps sans aucun acces caiacteris'- lique. Ne perdons pas de vue qne la faniille prenait le plus grand soil! a tenir secrets les premiers symploinesde cctte alTrense inlirinitd. II est tres cnnunun de voir un ddlire lypenianiaquc exister pendant dcs annees cniitres sans aiicune manifestation extf'rieure, rester concentre an sein de I’individu lui-inenie on de la famine, et ne sc inontrer que par la perpetration d’nn meurtre sur I’mi des parents ou sur une personne dtrangere a la maison. La science fourmille de fails a cet egard ; iiiais au- jourd’liui que la lumiere commence a se fairc sur I’etal mental de I’inculpd, ne Irouvons-nous pas, dans les parlicularit6s de sa vie, des prouves incontestables de derangement, anterieurcment a I’evenemcnt du 1 1 ddcembre ?
Cette julousie si pcu raisonnee, qu’il manifeste envers son oncle an moment de son mariage, ses taqidneries et ses mechan- celes envers sa femme, ses oefes ie violence non motives ou se produisant a I’occasion de la plus legfre discussion, ses mo¬ ments de colere non reilechie, son coup de fusil contre la porte de son frere qui no voulaitjjas lui ouvrir, ses propos souvent decousus, sans suite et sans consistance, les scenes desagreables qui se passaient habituellement dans la maison a cause de ses excentricites, les actes d' extravagance auxqucls il se livrait au su de beaucoup de monde, plusieurs des particuluriles rela- tees plus haut, tout cela, on definitive, n’est-il pas I'indice d’un derangement intellectuel ? La plupart de ces actes ne sont-ils pas les premieres manifestations d’une maladie cdrebrale qui, avant de sc declarer d’une maniere complete, donnait deja des prenves incontestables de son evolution? Que d’actes insoliles de la jcunesse que Ton rapporte naturellemcnt d’abord ii I’iii- conduilc et ala perversite, sont plus tard mieux appiucies et vieimeni se ranger rationnellement, quand Icmal a delate d’uue
54 MfeDECUNE LfifiALE.
inaniere 6vi(lenle, sous hi banuierc de la folie, clout la pei ioclo
d’iiicubatioii remoiite quelquefois Ji de longues anuses !
Une domestique dc la faniille nous apprend que M. Tiius, qu’clle connaissaitdepuis six ans, elait sujet k AQsmoments d'alie- nation nienlale. La plupart dcs ifimoins le consid6raient depuis longtempscomme un foil. Lesmedecins nousdiseiit cjuelesper- soniies initi6es aux secrets de la maisoii le regardaient comme tel, depuis six ans environ. Ils ajoutent encore que, depuis la lualadie de sa scBur, il lui arrivail de perdre plus souvont la rai¬ son, de retomber malade a la plus legere secousse, de nt'gliger alors ses affaires et ses affections pour ne s’occuper que de futi- lit6s ou dequelque id6e .dominanle absurde. Cette maladie, suivant eux, restait queltiuefois plusieurs niois sans se montrer, mais ces alternatives de bien et de mal inquiStaient beaucoup la famille. Ge sont ces inquietudes certainement qui avaient fait dire un jour a son oncle : II faudra I’attacher, cjui, jointes a I’incurie et aux prodigalitfe de I’accuse, lui avaient egalement inspire sans doute I’idee de I’interdiction pour un avenir plus ou inoins rapprocbe. Les affections inentales sont ordinairement marquees, quand elles apparaissent ienteinent, par de noni- breuses remissions, par des alternatives de bien ou de mal, et souvent aussi elles conservent pendq,nt longtemps ce caractere de reraittence qui contribue a les faire meconnaitre, et a mas¬ quer mgnie quelquefois, pendant plusieurs annees, leur exis¬ tence rgelle.
La maladie jusque-lk, il faut le dire, quelque rfielle qu’elle me paraisse, ne s’est pas encore bien caractdrisde ; les dficlara- tions des teraoins ne permetlent pas du moins d’elablir sa veri¬ table nature ; elle consiste en des manifestations ddsordonnges et singulieres des facultfis morales et intellectuelles, mais sans aucune id6e prgdominante, sans aucun ddlire particulier. Le moment arrive pourlant oil sa physionomie va se dessiner, oft vont se montrer par intervalles des conceptions d^Hrantes, des illusions, et mgme de v6ritables hallucinations. Depuis quelque
MKDliClNi; liGALIl.
temps, dit I’oncle, jc ni’etais apercu d’liii d^iangemeiil dans sos I’acidtes inlellecluelles ; il croyait que la population do Sartene liii en voulait, qu’il elait viclime d’un complot et de persecutions imaginaires. Sa tanie parle de cetle idee fixe de complot qui le dominait, complot dont faisaient partie, snivant lui, son oncle et sa femme. Uepuis deux mois, dit un temoin, il paraissait pen satisfail ; il etait silencieux et son ceil avait quelque chose d’6gaie ; un autre avait remarque aussi, dans ces derniers temps, dc la tristesse, de la taciturnite et une forte preoccu¬ pation. Madame B... Mait tres inquiete de cette situation ; clle avait fait part a son oncle de ses alarmes, et e’est dans le but de voir I’esprit de son mari se calmer qu’elle avait projete, cn novembre 1856, un s6jour h la campagne.
Les premiers jours de leur habitation a la campagne se pas- sent sans rien de remarquable ; les convives que lui-meme avait invites, ne remarquent en lui que ses excentricitds habiluelles ; mais, vers le 30 novembre, apres le d6part des personnes invi¬ tees, on le voitdevenir plus trisle, plus morose, plus irritable; il disait a safe.mme qu’il souffrait de I’estomac, et celle-ci re- pondait a son homme d’affaires, qui lui demandait la cause de ce ebangemeut et de cette grande tristesse : Il se sent mal, il esl souffrant. 11 s’6tait passe, pendant qu’ils dlaient ii la cam¬ pagne, un fait qui merite d'etre signals : un soir qu’on le croyait endormi, il avait enlendu, a dit I’inculpd lui-meme, un entretien, entre sa femme et son homme d’affaires, ou on I’avait accuse de devenir de jour cn jour plus extravagant, et oti il avait 6te question de quelque mesure a prendre pour I’empe,- cher de toucher une forte somme d’argent qui lui 6lait due. I.e lendemain, ayantvu parler son homme d’aflaircs avec le berger, il elait all6 demander ii ce dernier, sous la foi du serrnenl, si I’on ne venait pas de lui dire qu’ii devenail fou et que Ton s’oeenpait de Xinterdire. 11 a vu par lii, ajoute-t-il, que Ton voulait le mencr loin, et il a ressenti a la poitrine une douleur qui I’a beaucoup fait souffrir, Ces propos, dont jjarle rinculp6,
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n’ayant pas lenus, a ce qu’assumit rhomme d’alTaires et le berger, les mots de folie et d’intcrdiction ii’ayant pas ete pro nonces, et celtc mesnre jiidiciaire n’etaiii pas meine a I’elat de projet en ce moment, ne fant-il pas regarder cette idee domi- nanle d’interdiclion, comme tine conception delirante, et les propos supposfis comme I’edet d tine illusion on d line halluci¬ nation dll sens deroui'e, qiii se serait produite sous rinfluence de la preoccupation morbidc dont il etait si imperieusement tourmente? L’liallucination esl un pli6nomene tres caractdris- tique; il est rare qu’on ne I’observe pas dans la forme d'aliena- tion mentale dont je crois I’inculpfi atteint.
Le voyant toujours inquiet, madame B... preiid la resolution de retournerii Sartene, ou Ton arrive le 7 deceinbre. La meme tristessc, probablement la meme preoccupation, I’avait siiivi en route. Rn arrivant en ville, sa femme dit a sou oncle que ses extravagances ne ravaient pas abandonne a la camjiague; on I’a vu alors plus tacilurne, plus bizarre et plus preoccuiie que d’ha- biludc; son air etait prasi/ et defeat ; il y avait surson visage un cliangement notable ; il dtait pfile, son ceil egare, tout an- iioncait en lui uue grande exaltation ; une foule d’extrava- gances le pr6occupaient, entre autres celle de croire cpie toute sa famille travaillait il son interdiction. L’oncle P... F... avait manifeste des craintes au sojet de cette exaltation ; une de ses tantes, quicherchait ii calmer son esprit, I’entendit, la veillc du jour de I’evenemont, tenir des discours tres incolicrcnts et sou- tenir que son oncle, son homme d’alTaires et sa femme avaient forme un complot contie lui, Madame B..., le voyant inqviet, (gave, ramassant pd et Id divers papiers, fondait en larmes, en lui donnant I’assurance, sans reussir a le convaincre, que ce complot u’existait en aucune maniere.
Evidemment, d’apres tons ces faits, il se passait, depuis un certain temps, quelque chose de plus grave et de plus signifi- catif dans le cerveau de I’inculpe. A ses excenlricites habituellos,. a ses extravagances de plusieurs genres, toules plus ou moins
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symptomatiqiies d’une espece de delire maiiiaque a forme r6- mitiente, elait venu sc joindre uii dfilire iriste, 1; p6maiiiaciiie, caraclOi ise par qiiekpies idfies domiiianles decomplot et de per¬ secutions, par la conception deiirante, entre autres, d’lin projet d’interdiciion contre sapeisonne, pardes illusions etdes halluci¬ nations, et, chose commune dans les annales dela folie, parune animosite nonjuslififieenveisses propres parents, envcrs sa femme ineine qui n’avait jamais cesse de lui donner des lemoignages multiplies du plus sincere atlachement. A cette periode, il y avail encore des remissions ; la prcuve, c’est qu’il est all6 dans la soiree au cafe, sans paraitre plus malade que d’ordinaire, et qu’il est venu se coucher sans inspirer aucune crainte seriense pour Ic leiidemain ; mais, il faut le dire, les l emissions n’elaient plus guere qu’apparenles ; les conceptions delirantes ne I’aban- donnaient plus, et, le libre arbitre, maitrisfi par leur domina¬ tion, elait pret sans donte a faillir d’un moment a I’autre ii la premiere crise d’exaltalion morbide. En d61initive, Titus R... 6tait reellement malade, reellement ali6nd, longtemps avant I’evdiiement, dans les dernicrs temps qui I’ont precede, et la veille surlout du jour oCi le meurtre a eu lieu.
n. — Uinculjw etait-il aliene le jour de la perpetration du meurtre ?
On ne sait pas au juste ce tjui s’est passe dans la unit du 1 0 au 11 d6cembre, maisprobablement cette liuit a dtdagitde, sans sommeil ; des pourparlers et des discussions ont du avoir lieu entre les 6poux, a en juger par la declaration do la domestique do la inaison, tpii a enlenclu parler .ses maitres de tres bonne heure, et a qui I’inculpd a demandd d’oii venait le bruit ciu’il enlendait et si ce n’elaient point les T... qui couraient aprds lui. Une nouvelle illusion des sens s’6lait produile dans cette nuit d’agitation ; un bruit reel avail 6te mal interprel6, el I’es- prit malade de l’inculp6 avail iransformd cette impression sen- soriale, a raison des preoccupations pdiiibles qui I’assiegeaient.
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Ce seiiliment cle frayeiir cavers les T... , ses eniieinis d’ancieiiiie dale, prouvc cotnbien I’idee d’ane yenr/rf/a avail pu conlribuer a alterer ses faculles.
Dans cette nuit, il avail implor6 sa feniaic, m’a-t-il dit, de venir h sou secours, de ne rien faire coalre lui, de I’aider a le sauver. Elle lui disait elle-memc : Je tc jure qiie je ne t'oi ja¬ mais trahi. Celle voix, all6ree el m6l6e h des lariaes, avec laquelle la paiivre femme appelle la domesilqiic el son beau- frfere, aunouce combieu Otaient grandes ses aiigoisses; combieu elait nlfligeantela scene qui se passait dans la cliambre. Les pa- renls, 6pouvant6s de ce qui pouvait arriver, accourent vers la maison ; les voisins se joignenl a eux, el le cur6 deSarlene vient y meler ses suppiicalions. Que s’esl-il passe alors ? les lemoins nous I’onl appris, el tous les fails qu’ils out declares consliluent un tableau dramatique qui ne permet pas de douter du trouble profond des faculles de 1 inculpe, dans ccs quelques lieures qui out prec6d(5 la perpetration de I’assassinat. La pauvre victime suppliait toutle nionde de faire cesser les persecutions donl son mari etait l^objel; elle cliercliait a consoler son mari, en lui persuadant que tons lei parents el amis preudraient sa defense ; que M. le cure le prolegerait contre les atteintes de ses enne- rtiis. L’inculpe, s’adressant aux personnesqui etaienl a la porte de la cliambre, leur disait de faire retircr tout le monde, gu’on en vovlaitd sauie, que sa femme etait du complot; il conju- rait IM. le cure eVurr/mger cette affaire et de recommimder son dmedDieu; il implorait le capilaine V... d’iuteneuir pour calmer la population de Sartene. I’eut-on irouver quelqiie chose de plus caracterislique pour prouver un etat de folie ?
Deux ou trois heures se passent dans cel eiat d’iuquidlude et de perplexil6. Les consolations qu’on lui prodigue, les assu¬ rances qu’on lui donne ne le salisfont pas coinpletement ; sa ra6fiance ne I’abandonne poinl, et il ne se ddcide jamais a ou- vrir la porle, quelques supplications qu’on lui fasse. 11 ordonne mfime a chaque instant qu’oii ne touche jias ii la porte, el la
AlfiDKClNE I,£gALE.
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pauvre femme, Ireiiiblaiite surtout en presence de ses menaces, a la vue peul-etre du stylet dont il 6tait arme, se joint ii lui pour supplier de iie pas I’enfoncer. Cette circonstance annonce combien il etait peu rassur6 contre ses ennemis iinaginaires, combieii son esprit etait maitris6 par les crainles qui I’assi^- geaient en ce moment Je I’ai frapp6e, m’a-t-il dit, an moment od, la voyant se rapprocher de la porte, j’ai crn qu’elle allait essayer de I’ouvrir, nouvelle preuve de la craiute maladive qui I’obsfidait et de la cause qui a concouru si puissamment ii la perp6tration de I’assassinat. On sail ce qui est arrive alors et quel horrible spectacle s’est olfert aux ycux des premieres per- sonnes qui out pf‘u5tr6 violemmeul dans la cbambre en enten- dant les derniers cris dcchirants de la victime.
La scene qui a pr6c6de r6v(inement et qui y a pr('sid6 n’est pas I’oeuvre d’un sc^lerat. Ce n’est pas ainsi que le crime v6ri- table se produit; la presence seule de tant de tdmoins eflt d6sarm6 I’inculpii, si I'eellement il avaitjoui de son libre arbitre et si son projet eut eie le resultat d’un calcul criminel ; il aurait pu y renoncer ce jour- la sans se comproraettre, et faire sentir nalurellement a ses parents et a ses voisins, en ouvrant simple- ment la porte, qu’il ne s’agissait que d’une querelle de menage et qu’il n’avaii pas de mauvaises intentions contre sa femme. La unit, dans le. cas on le crime aurait 6te projet6, n’eCit-elle pas et6 plus propice a la rdalisation de son horrible projet, et pourquoi aurait-il attetidu si longtemps pour le mettre i> exe¬ cution ? 11 est certain qu’un scelerat n’agit jamais de cetle ma- niere. Cette scene si itrange, comme le dit I’acte d’accusation lui-memc, a dte verilablement I’ceuvre d’nn cerveau maladc, I’oeuvre d’un fou que le d61ire doniinait, qu’une exaltation morbide agitait, qu’une determination maladive allait entrainer au mal, apres d’assez longues hesitations, malgre la presence d’une foule de temoins qui pourraient venir tin jour deposer contre lui. L’ouverture de cette porte etait pour I’inculpe un epouvantail ; il a frappe au moment oh il a crn qu’elle allait
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s’ouvi'ir, ct qu’il s’est vu piet a toiiibcr clans les mains cle ses eniiemis, sous les enibuches clu complot imaginaire clout sa femme faisail pariie.
La premiiclitation n’exclutpas la folic; la science I’a parfaite- mciU filabli, et Ton sail aiijnurd’hui que des alienes, clout la malaclic n allere pas toutes les faculty's, peuvent prfiparcr leurs armes et commctlre un meurtrc avcc calcul, sous I’inlluence d’une idee cl61irante exclusive ciui maitrise leur libre arbilre. Rlais, dans Ic cas qui nous occupe, il n’est pas raCme certain que la prdmficlilation ait existe ; on ignore si I’arme a etc pr6- parfie cl’avance, si le soir, en sc couchant, il s’eii dtait arme clans ce but, si ties la veille, en ddlinilive, il avail forme reellc- ment le projcJt de tuer sa femme. Il ne faut pas oublier que les Corses out assez I’liabilude de. porter des armes sur eux, du moment surtout qu’ils se croient en butte a ties cnnemis et que ties craintes reelles les tourmentent. Il ne serail done pas im¬ possible que I’inculpe se fut arme clepuis assez longtemps tie son stylet el du poignard Irouve chez lui, ses craintes imagi- naires etant regartlees coinme reelles, ses propres parents etant considerfis comrae ses ennemis les plus achariids.
. Au moment ou I’on penelre clans la ebambre, il esl tout elonnd cle recevoir un coup de poing, et clit a celui qui vient tie le frapper que ce nest pas ainsi que I’on badine. 11 fait remar- quer ensuife qu’il porle une egratigiiurc au menton, et que I’instrument qui lui a servi n’est pas un coutelas de cuisine, niais un beau stylet qui lui a coute deux cents francs. Ces ])aroles sont bieii peu en harmonie avec la gravite clu moment ; elles indiquent, ce me semble, cetie 16gercle d’esprit qui a tou- jours 6l6 remarqufie chez lui. Un peu plus tard il clisail ii un gendarme : iV'e me touchez pas, je suis empoisonne. . . En ra- contaut clans la mfimejourneea un autre gendarme pre,pos6 a sa garde de quelle mani6re I’iclee cle complot s’dtait confirmde en lui, il parle tl’un caf6, pris la veille, qui I’avait tout boule- verse, qui lui avail fait croire ii un empoisonnement, par suite
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cles douleurs interieures qu’il avail ressenties. 11 ajoute qu’il a luu sa femme &ous 1 influence de celte idee de poison, etparce qu’il la supposail faire parlie d’un complot. Pendant loute la nuit, j’avais entendu, dit-il, des macons qui travaillaient d demolir ma maison. 11 interrompt tout a coup cette conver¬ sation en disant : Ne me louc/wz pas, je suis empoisonne; inais il ajoute aprt's quelques instants : Ce nest rien, je suis Men.
II s’6tait pass6 dvidemment depuis la veille, dans cette orga¬ nisation malacle, des phfinomfinesmorbides qui oiitdu contribuer puissaminent a la perpetration dn meurtre ; il 6tait survenu, soit des sensations reelles tenant a un trouble de I’inuervation, comme ccla arrive soiivent dans la folie, soit des hallucinations internes crefies en raison de la domination de ses idees d61i- rantes qui ont 6t6 si exclusives durant cette tiiste journ6e. Les ph6nomenes de cette nature sont tres communs chez les ali6n6s de cette cspece. Tout devient pour eux objet de mfifiauce, tout aliment est pris avec r6pugnance, et lorsque I’idee de I’empoi- sonuement les domine si imperieusement, ils sont disposes it altribuer loutes les sensations qu’ils 6prouvent, a rinflnence d’un poison qiTon a mele a la boisson ou a la noiirriture. Cette idee delirante, creatrice d’une foule d’hallucinations, les porte frfiquemment a de funestes dfiterminations, au suicide quelque- fois, a riiomicide le plus souveut, si le soupcon maladif vient it se fixer sur quelqu'un, consid6r6 alors comme I’auleur de tous les t 1 1 c idu i. Les paroles de I’inculpe, dans cette meme journ6e du 11, nous prouvent que quelque chose de pa¬ red s’est passe dans son esprit.
En apprenant cet horrible 6v6nement, tout le monde dans Sartene I’a attribue a un acces d’alienation mentale. Les decla¬ rations des tfimoins sont unanimes snr ce point; tons, saush6- siter, ont fitabli qu’ils ne pouvaieut que rapporter a la folie un acte de cette nature, soit a cause des anteciidents de I’inculpe, soit par suite de la scene qui avail eu lieu a la porte de la chani- bre, soil eu rabsence d aucuii motif crinimel appreciable. Ce
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MfiDEClNli LliGALE.
ne soul pas seulenieiit les parenls qui soul allcs le cl6clarer, ce sont les domesiiqucs, les voisius, le cure, tous ceux eiifiii qui Tout counu et qui out ete temoius de ses extravagances habi- tuelles et des circoiistances deriiieres qui out precede rSveue- raeuL Geite voix uuauiine de la uotoriSte publique, si bicii exprim6e par les depositions des t6moins, ne doit laisser aucun doule sur la cause rdelle qui a poussc I’inculpfi a ceite terrible ddtenuiualion. L’oncle lui-merae, cjui venait d'fitre blesse, di- sait uu instant apres, en racoutant les d6tailsde ce draine : l.e maiheureux ! il me faisait pitie..., au moment oU il me frappait I
On avait cru d’abord que la jalousie avail pu armer sou bras el le porter a se debarrasser de sa feinine, par suite d’uu soupcon d’infidelitd. On s’6tait troinpd ; il avoue lui-iueiiie, le memejour, que la jalousie n’y a 6te pour rien, et I’inslructioii demontre, d’uue part, que la pauvre viclime, douee de loules les vertus imagiuables, n’a jamais pu etre soupcouuee d’inlide- lit6; d’une autre part, que I’luculpe, quoique ayaiit niauifestd parfois, avec sa Idgeretd habituelle, certains seuliraenls de ja¬ lousie, n’a iiulleinenl ete pousse a cet acte par ua mobile de cette nature. Il n’invoque pas merae aujourd’hui ce motif pour excuse, chose remarquable, bien que, imbu de nouvelles aber¬ rations, il accuse en ce moment sa femme, coinme nous aliens le rappeler bientot, d’avoirete la femme de son oiicle etd’avoir mis au jour des enfantsdont il n’elait pas le pere.
Ainsidonc, lesieur Titus n’elait pas seulement malade, alidne avant r^venement; il I’etait egalement dans la nuit qui a pre- eddd la matinee du H decembre et au moment de la perpetra¬ tion du meurtre qui lui est imputd et qu’il n’a jamais desavoue ; il retail encore enfin dans la journee qui a suivi I’evenemcnf. Voyons maintenant quel a dtd son 6tat mental dans les prisons, et dans quelle situation iutellectuelle il se trouve, depuis qu’il est soumis It mou observation.
MfiDIiClNE LlirxALE.
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III. — L'inculpe a-t-il conlinue aetrc diene dans les prisons?
Plusieurs fails, suivanl raoi, prouvenl d’line mauifere incon- leslable quc scs idees d61iranies sont rcslees les meines dans les prisons, elqu’iices idecs sont venues se joindre d’autrcs con¬ ceptions, non moins absurdes, non moins extravagantes que les premieres. Il inanifeste, en effet, le lendemain, dans le second interrogatoire, des doutes sur sa santC, des crainles sur .sa vie, par suite de la boisson qu’il avail ava!6e ; il paiie des propos tenussur son compic a lacampagne,parsa femme et son homme d’alfaires, propos qui I’avaient entiereinenl bouleverse j il ex- plique I’actc auquel il s’esllivre par I’elat dans lequel I’avait jete cette bois.son et par les craintes d’empoisonnenient qui le domi- naient en ce moment. Dans cette stance, on a remarque que, eu se promenant dans la salle, il prononcait des paroles incohe- rentes, relatives a son empoisonnement et a son interdiction.
Dans les autres inlerrogaloires, en janvier et en fdvrier, il soulient que tout homme a droit de vie et de mort sur sa femme. La sienne avail deux faces ; elle en voulait a sa personne et ii ses biens; il ne raimail pas, et il fallail en finir avec elle ; il laisse entendre qu’elle-tn6me, pendant la nuit, lui aurait port6 la main sur la figure, et qu’il I’aurait alors frappfie a litre de re- pr&ailles. J’ai plong6 mon arme, dit-il, dans des mamelles de sang. Il repond quelquefoisd’une maniere presque incoh6rente, quelquefois avecironie, d’autres fois par des phrases paradoxales, plaisantes ou peu sdrieuses. On est etonnd de lui voir si peu de gravite, en presence de I’accusation terrible qui ptee sur lui ; il faut remarquer dgalement I’inconsequence de ses moyens de defense, disant, d'une part, qu'il n’aimait pas sa femme et qu’il fallait en linir ; d’une autre part, invoquant une sorte de pro¬ vocation du cote de la pauvre victinie. C’6tait reconnaitre sa culpabilite que d’avouer le premier motif. Dans ces tnfimes pieces, coramencent ddjit a percer de nouvclles aberrations sur le compte de sa femme et de son oncle : Tout cela, dit-il.
Mf'OKClNli LfiGALE.
e'l
n’est qu'une farce ; je nai pas ossassine ma femme; mon oncle, en SCI (jualite d'epoux, a presente sa poitrine a la place clc celle de I'epouse. i\Jai,s c’est surtout dans ses leUres dcrites de la prison a ses parents ct a d’aulres personnes qu’apiraraissent assez clairenient les plus singulieres aberrations.
Cos aberrations sont celles-ci : sa femme n’est pas sa veritable femme, c’est la femme de son oncle; cet oncle la lui avait c6- dde depnis dix ans ; son Ills J. . . n’est que son fds adoptif ; son mariage civil el religieux n’a die qu’une fiction ; il y avait un actelacile de restitution. Le moment de la restitution etaiiarrive. Des moycns artificiels out eie employds pour amener cc rdsultat, pour le porter it commettre une action qui devait le faire consi- derer comme criminel oucomrnc fou. i.e malque, en apparence, il avait rintenlion de faire a sa femme, a etd le rdsultat, non de la jalousie, mais de tout ce qu’on lui avait fait a la campagne, du bruit qui toute la nuit avait rdsonnd a sesoreilles, et sur¬ tout do celle traitresse boisson qui devait le conduire fatulement a I’aclion dont il s’agit. Slais inadameB... n’est pas morte; la preuvc, c’est qu’il lui adresse, alnsi qu’a son oncle, des lettres, dans lesquelles il implore lent- misdricorde, expose la rdsigna- tion qu’il s’est faile pour I’avenir, et accorde son pardon pour toute la comddie donlil a dtd I’objet. Ilfaul tout oublier, dit-il, et chanter un Te Deum en I’honneur de concorde et de la paix, de la restitution de la femme et de I' acquisition de I’es- prit. Il deniande it sa femme et a ses parents de venir le voir.
Dans ces mdmes lettres, il se plaint vivement de loutes les crnaulds que Ton exerce sur lui, des dpreuves terribles qu’il endure dans les prisons et qui pourraient finir jiar le rendre fou, par andantir touies ses facultds morales et son intelligence. 11 dcrit au procureur imperial pour reclamer un medecin ; les boissons qu’on lui a fait prendre ailleurs et qu’on lui donne dans les prisons lui out fait et lui font beaucoup de mal. On le soumel a de nombreuses persdeutions, et il rdclame la protec¬ tion du ))rdfel pour que cessentddfinilivement toutes ces epreuves
MfiDECINE LfiCiALE. 65
(lout il lie prevoit pas la fin. 11 reclame ardemmeiu sa inise en liberte comme une chose iiaturelle, juste, ri^alisable, sans se preocciiper tie I’acte dont il s’est rendu coupable, sans s’iii- quifiter meme si la justice n’a pas ii lui deraander coinpte de sa conduite.
D’apres tons ces faits, jo suis certain qu’il n’a pas cesst; d’etre maladc, d’etre ali6n6 dans les prisons de la Corse, et qu’il I'etait le jour ou il a coniparu devant les assises, et quo des pa¬ roles incoh6rentes out 6t6 einiscs par lui h I’audience, ainsi que I'etablit I’arret de la coui-. Les memes conceptions delirantes subsistaient; mais, le d^lii e se syst^matisant de plus en plus, il commeiifait li survenir de nouvelles conceptions enfanties, dans le calme de la prison, par une reflexion maladive sur sa situa¬ tion et sur les causes qui avaient pu amener cet 6veaement. L’inculp6, triis dispose, comma I’a dit uu t6moin, a se loger dans la tete les plus grandes extravagances et a fmir par y croire, a travailM sur le passe, et son imagination raalade I’a conduit insensibleinent ii se erfier des explications qui ne repo- sent sur aucun fondement, et dont I’absurdit^ prouve a elle seule qu’elles ne peuvent etre que le r^sullat d’une altdration c6rebrale incontestable.
Tons les aliSn^s de ce genre cherchent a se rendre compte, i> leur point de vue, des phfinomeiies qu’ils eprouvent; les moiu- dres soullrances sont attribufies a rempoisonneraent, les plus Itetites contrariet6s a des persecutions acharn6es, les 6v(5nemcnts les plus naturels a la haine d’ennemis implacables; le tout, a un complot ourdi centre leur bonheur et leur existence. A ces id6es delirantes ne tardent pas a se joindre les explications ayant pour but de rephercher les causes qui font mouvoirles ennemis, et qui constituent le mobile du complot. L’inculp6 n’a pas agi d’uue autre maniere ; il s’est demande logiquement, quokpie malade, pourquoi toutcela dlait arrive, dans quel butoul’avait mis dans celte situation, quel dtait le mobile qui avail agite ses ennemis, lesqueis n’dtaient autres, suivant lui, que ses propres ANNAL. MKD.-rsvc.H. 3' scfie, 1. VI. Jaiivier 1860. 5. 5
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parents. Cette sysleinatisatiou du delire,, que nous verrons pousser plus loin, dans la partie qui va suivre, a 6te pour lui un trait de lumidre dont il a 6t6 trEs satisfait. Rien alors ne lui paraissant plus obscur, et cette lumifire prelendue lui dtaiil venue en rdfldchissant sur le passe, il a cru que la indinoire lui dtait revenue; que sou intelligence avail repris, sous I'inlluence des (ifjreuves, une lucidite qu’el)e avail perdue; qu’il etait sur- venu en lui cc qu’il appelle la resurrection de I’espril. En faul-il davaiitage, je .le rdpete encore, pour caractdriser un veritable 6lat de folie ?
Aiiisi done, I'iiiculpe reslait atleint d’alienation luenlale, inalgrd qu’il ait repandu quelques larmes lorsque le juge lui a fait comprendre la gravitd de son crime; malgrd qu’il ait parfai- tement reconuu le stylet qui lui avail servi; malgre qu’il ait voulu attdnuer sa culpabilite e^ invoquant le .cas de legitime defen, se; malgrd qu’il y ait eu tentative d’dvasion, et qu’il ait voulu eviter rbumdtalion de traverser Bastia entre deux gen¬ darmes ; raalgrd, eufin, que sa conduite, ainsi que le dit I’arrel, ait 6te rdgubere dans les pi isons, et que les directeurs de ces maisons u’aient observ'd ep lui aucun signe de folie (1). Il me serait facile do prouver, par denorabreux examples puises dans les asiles et dans les annales de la science, que les abends en proie k des ddlires partiels de cette nature ne perdeiit pas tou- jours toute sensibibld, ni I’apprdciatioii des choses ordinaircs ,de la vie, ni I’idde de recouvrer leur libertd par I’evasion, ni le sentiment d’uiie peine morale, ni meme quelquefois I’inteution de cherclieraattdnuer leurs fautes. 11 en est mdme qui sont ti es habiles it order ou it exagdrer des circonstances agressives qu’ils savent invoquer pour leur ddfense. Quant a I’ab^euce prdtendue de lout sigiie de folie pendant son sdjour dans les prisons, on se I’explique, soil parce que le ddlire lypdmaniaque Isold ne se
(1) Ces diverse? circonstances avaient 6te invoquees en favour del’a cusation.
MfiDEClNE LfifiALE.
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raanifeste que par intervalles, et souvent par aucuu signe ext6- rieur trus apparent, soil parce que les directeurs de prison soiU incapabies d’apprdcier exacteinent cet (5tat mental. Enire autres exemples, qu’il me suffise de citer celiii encore rdccnl de ce pri- .soniiier de Marseille qui, le jour de samiseen libertcapres un cmprisonnemeut do six mois, lira uu coup de pislolet sur I’cs- corte du general Rostolan. i^e direcleur de la prison d6clara nc jamais avoir vu en lui le raoindrc symptomc de folio. L’instruc- lion dtablit pourtant qu’il etait alidnd depuis plusieurs annees. etque cette tentative de meurlre dtant le resultat de sa maladie, il y avail lieu de pronoucer une ordoniiance de non-lieu.
IV. — L'incidpe cst-il encore aliini dam I'asilede Marseille?
Celle quatrieme question, que je vais chercher it resoudre, avec les 616ments que in’a fournis I’observation directe de I’in- culpe, viendra-t-elle corroborer la solution dcs trois premieres, el concourir a completer la these que j’ai soutenue jusqu’lt present sur I’etat nialadif de ses facult6s morales et iiitellec- luclles? Oui, je nc crains pas de le dire lout de suite, Tappi-fi- ciation des fails qu’il me reste Si examiner va me fouruir de uouvelles preuves de la r^alitd de cette maladie; j’y tronverai un degre d’evidence de plus, par suite de laconstalation directe d’une foule do fails deja enonces, d’une sysldinatisation plus complete du ddlire, de la manifestation de nouveaux phenomenes, de I’apparilion, cii un mot, des vrais caracleres de I’affecliou mentale dont je crois I’inculpfi atteint.
L’inculp6, ai-je dit, est sombre, tacitnrne, triste et pr6oc- cup6 ; il est d’une irritabilitS excessive : tout le coutrarie et I’olTense. Il est d’uiie I6gerel6 reinarquable, mfilant les cboses les plus futiles aux cboses les plus graves ; il est d’une rare inconsequence, versaut quelquefois dcs larmes, riant aux dclats un instant apres, en fredonnant une chanson. 11 gesticule et se
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promene parfois avec rapidi(6; il parle seui, a deini-voix ou avec vOhcineiice ; il taquinc les uns et les autiTS sans motifs; il se plaint de tout le mondc ; il menace et se livre nieme a des voies de fait. Son orgueil est excessif; il a une haute idee de sa valeur iutellectuelle el des services qii’il croit avoir rendus ; il n’a pas im jugement bien sain sur une foule de choses ; il est paradoxal dans son discours. Sa physionomie porte I’empreinte de la mefiance ; son regard est souvent dgare, et, quelque grave que soil le sujet de la conversalion, on le voil parfois sourirc ^yec ironic, cesser de parler ou s’eloigner, coniine n’ajoutant ' pis foi a ce qu’on liii dit ; il est quelquefois incoherent dans son discours, passant d’un sujet a I’autresans transition. Eii defini¬ tive, je I’ai Irouve, dans I’a.sile de Marseille, tel qu'il a el6 toute sa vie ; j’ai constate en lui les infiines particularities psychologi- quesqui ont 6ie signal6es dans I’historique de ses antecedents, Icsquelles, coinme nous I’avons d6ja dit, aiinoncent une vicia- lioii naturelle de rorganisation et n’appartienneiit jamais a une intelligence bien .saine. I’lusieurs de ces partlculariles, du reste, indiquent dOjh suflisammcnt, si Ton y reflechit quelque pen, une alteration quelconque dans les facultes intellectuelles de I’iii- culpO. Mais il y a aujourd’hui plus que cela chez lui, il y a, outre ses singularitEs habituelles, divers phenomenes qui ne per- mettent plus le moindre donte a cc sujet.
L’^gareinent de son regard, ses alternatives de pleurs et de rires sans motif, ses moments d’einportement non justifies, ses frequents soliloques tristes ou gais, ses gesticulations et ses pro¬ menades prficipitees, ses exclamations frdquentes, sont autanl de syniptOraes assez caracteristiques d’un dfirangemeiit cfr6bral. La mefiance qui le domine et qui le pousse a des actions si peu raisonnables, est I’iiidice certainement d’une preoccupation maladive. 11 craint qu’on I’empoisonne ; c’est pourquoi il ne prend pas vblontiers les bains qu’on luidonne, el qu’il refuse parfois sa nourriture. Le crachotement continuel auquel il .se
MfefiECiNE tfeALE. 69
livre n’a d’autre but qiie cle rejeter le poison aval6 ou absorbe par son corps : c’est la evideminent une illusion ou une hallu¬ cination du gout. L’odour que r6pand, suivantlui, I’eau doses bains est le resultat sans doute d’une hallucination de I’odorat. Enfin, cette donleur bridanle el cos lassitudes, dont il se plaint a la suite de son immersion dans I’eau, annoncent des halluci¬ nations internes incontestables. Le pli6tioni&ne hallucinatoire, ainsi que la science I'a 6tabli, estun symptome caracteristique ; il Test surtout quand il s’etend a plnsieurs sens a la fois.
Dans le d(5but de la folie, il existe toujours une s6rie de ph6- nomenes physiques qui sont I’indice d’une soulTrance de I’or- ganisme. Il n’a pas 6t6 possible de. les conslater ici, le d6bul i-eel de la maladie 6tant rest6 incertain et ii’ayant pas 6l6 parfai- tement 6ludi6. Mais plusieurs de ces pheuomenes paraissent s’etre raontrfis a un certain degr6 dans quelques periodcs de la maladie, dans les moments de crise el d’exacerbation. 11 se di- sait quelquefois malade ; il fiprouvait h la campagne des dou- leurs d’estomac, une douleur dans la poitrine ; sa femme le con- siderait commc malade, comme souffrant ; il se sentait le soir tout bouleverse, et cet 6tat, attribue a un cafe qu’il venait de prendre, n’dtait autre chose probablement qu’une de ces sonf- frances physiques si communes dans I’ali^nation mentale. Il ressentait encore quelque chose de pareil dans cette jouriifie du 11 decembre, pendant ce moment ou ilsetnble setrouver mal en presence du gendarme qui le garde. L’6tat de paleur et de souffrance de sa physionomie la veille du jour de I’^v^nement etait certainement aussi une expression physique de son mal. Je regarde, eu grande partie, comme de memo nature, a part I’exageration qu’y appor.le son imagination malade, les lassi¬ tudes excessivcs dont il se plaint aujourd’hui, Vabatlement phy¬ sique dontil parle, \a. prostration des forces qu’il accuse parfois, les ehaleurs.interieu7'es.c[m\e brulent, les agitations qu’on lui occasionne, les souffrances diverses qu’il 6prouve dans sou organisation et qui le disposent it consid6rer sa sant6 comme D’cs
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alteree. Ces pheiiomiiiics ont une grande valeur ; ils soul encore ires prononeds et Irfes dvidents chez I’inculpe; ce sont, a n’en pas douter, des troubles de rinuervaliou indiquant une inaladie des centres nerveux.
Dans le rdcit qu’il nous a fait de sa vie se Irouvent des preuves de plus en pins irrdcusables de son 6tat de folie. On y trouve une foule d’ expressions qui n’appartiennent qu’aux alieiies, et que Ton constate tous les jours dans nos asiles, chez ceux qui sont tourment6s par des idees tristes^ et qui sont eu butte, comnie I’inculpd, it des persecutions iniaginaires. On le ballotte, dit-il, d’un coteet d’autre; on lui parle uu langage de signes, on lui fait des grimaces; on le tient entre la crainte et I'espoir; on lui adresse des propositions diverses, on lui fait comprendre telle ou telle chose, on lui a laissd entendre quelque chose do pire que I’interdiction ; on s’urrangeait de nianiere it le rendre jaloiix, on lui faisait comprendre plus tard ce qu’il avail ignore, il voyait lit des projets dont il ne se rendait pas bien coinpte; on I’a soumis et on le soumet d des epreuves continuelles et ter- ribles, on le tourmente de loutes les inanieres; on le traite avec ignominie, on lui fait subir des affronts continuels; on le jette dans des agitations affreuses, on Vavilit et on le fait inourir d petit feu; il est bafoiie par tout le inonde, il est accable et humilie. Ces expressions n’ont pas besoin de coiumentaires, elles sont si caraetdristiques, qu’elles sulSraient a elles seules pour prouver I’existence d’un etat de lypdmanie arrive it un de- gre d6ja ties avanc6. Ce sont des plaintes gdnerales, des [allu¬ sions plus ou moins iudirectes, des lamentations diverses, des accusations vagues, cotnnie toutes celles que lancent ordinaire- ment ces sortes d’alienSs, sans rien pr6ciser, sans formuler di- recteineut les griefs dentils ont it se plaindre; I’enseinble de leurs inaux et la g6n6ralisation qu’ils donnent it leurs accusations sont une preuve infaillible du d6sordre qui regne dans leur esprit.
La systematisation du d61ire, que nous avons ddja aperfue chez rinculp6, a fait maintenant quelques progres : I’origine de
MiDECllSE LfiGALE.:
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ses plaintesesl raieux forrnuled, la cause preiriifere'de ses inalheurs' mieux elablie, les 6v6iiemenls survenus clans sa vie mieuxexpli-- (juds. Voici, eii rdsiime, dii quoi consisid le systdnie cju’ll s’est forme. Sa naissance'probldmalique est la source, suivaiil lui, (le lout ce (jui est arrive : il n’esl pas le fils de M. R... ; sa mere a maiiciud a ses devoirs. Son pere d’abord, se,s parenis.ensuite, I’out deteste, a cause decela, des son eilfance, et out jure sa perte, Sa mere est inorte cmpoisoimee, ainsi qu’un de ses freres, L’oncle P... F... est I’insligaleur de tous ses mallieurs; il a eii des relations criminelles avec sa mere et avec sa sceur, avec sa propre femme avant leur mariage. Ce raariage n'a 6te qu'une feinte; c’est I’oncle qui a dpouse B. .. et qui est le pere de son fils J. ; n’ayant pas de position, il a fait semblant de la lui faire epouser, h cause de sa fortune. De tout temps, on a essayd de le faire mourir ; on lui a tendu mille einbuclies, on I’a soumis il un traitement medical barbare, ayant pour bulcle le luer. Son oncle presidait h tout cela. l.’oiicle, que Ton avait dit avoir ete tu6 et qui lui avait laissd son bien, n’est pas mort; il etait con- venu qu’on le ferait reparaitre un jour. Un pacte de restitution avait 6t6 signe. Un jour devaii venir ou sa femme serait rendue il son veritable mari, et la fortune dont il avait herite retourne- rait a une parlie de sa famille. Tout avait et6 prepare pour cela; on devait lui faire prendre des boissons qui altereraient ses sens el qui le pousseraient a commettre un semblant d’as- sassmat. On voulait avoir centre lui un nouvel acte d’accusa- tion, outre ceux inventes cieja d’avoir fait avorter sa femme, d’avoir complete centre la vie de I’erapereur. L’evenement est enfin arrive. 11 salt bien aujourd’hui que sa femme n’est pas morte, que lout va s’arranger le mieux possible pour sa famille, et que, en le jetant dans les prisons et en le soumettant a de si lerribles epreuves, on ne cherche qu’ii aneantir toutes ses fa- culies, qu’a le rendre fou, qu’a se debarrasser de lui a tout jamais, les (lures 6preuves qu’ii subit ont alt6re profondemeni
72 Mf;DECmE LfeGALE.
sa sanl6, mais elles lui ont rendu la mfimoire du pass6 et I’in-
telligence des inalheurs de toute sa vie. *
Telle cst aujourd’liui la systematisation du delire de I’inculp^. Elle est assez nettenient formulee, comme on vient de le voir; elle a une logique assez bienetablie. Le point ded6part est faux, il est vrai, mais, 6tant reel pour I’incuipe, les cons6quences inductives qu’il en a tiroes lui out paru naturelles, n6cessaires memo pour se rendre compte de sa position. La lecture atten¬ tive de son r6cit, quelque bonne que soit en apparence la lo¬ gique des faits qu’il raconte, doit convaincre nfanmoins de son insanity d’esprit ceux m6me qui n'ont jamais refldchi sur les aberrations de cette nature. Les assertions horribles qu’il i-eu- ferme centre une mere, une soeur, une femme et im oncle ne peiivent etre que I’oeuvre d’un esprit profondement alt6re. Du reste, cette logique maladive lui fait m6me d6faut quelquefois; on trouve, dans son discours, quelques assertions de la derniere extravagance, de la plus grande absurdity et sans liaison nfices- saire avec ce qia’il veut prouver, tellcs que celle, par exemple, des embryons que sa femme tenait dans une jarre, celle des aveux de sa femme et de sa soeur contre leur propre verlu, celle des cliaines dont son frere a ete accablfi a ses derniers moments, celle de la proposition du due de Padoue & I’occasion de son manage, celle d’un complot contre I’empereur..., etc.
Les lettres qu’il a ecrites dans I’asile viennent encore nous prouver combien son cerveau est malade. I.e jour meme de son admission, il avait montr6 de I’irritation contre sa soeur, en lui donnant la qualification de coquine. La lettre qu’il lui a adressde plus tard, tout en manifestant les meilleures disposi¬ tions, vient confirmer cette premiere accusation, ainsi que la maniere dont il en parle dans le nicit de ses malheurs. On y trouve, en outre, un sentiment hostile envers son beau-frere, cju’ll consid^re aussi, dans cette machination, comme un des principaux complices. Les autres lettres, ii cote de quelques
MiDEClNE liGALE. 73
pensees elevfies et de comparaisons heureuses, annoncant de I’inslruction, portent I’empreiute d’une certaine infilancolie, et reiifermcnt deiiouvelles preuves du derangement de ses facultes. 11 se sent brMer interieuremtiit, dit-il ; quelque chose de bru- lant s’est inele a son sang ; ce sang, agiU parun liquide invenld pour Ic torturer, s’est caline tout ii cou|) au simple contact d’une substance ammoniacale. On avail mis sa tfite dans un etat Cl’ idiotic, mais ses id6es se sont debrouillees sous I’inlluence d’une substance phosphor6e ou d’un sel pris dans une boisson qui, ayant agi comme une etincelle elecirique, s’est, exhale ensuite par les pores cutanes. Les soujfrances qu’il a endurees soul immenses ; on I’njoue loute sa vie; des passions et des questions d’interct, dont le beau-frere est le mobile, sc sont agitees autour de lui ; il est soumis a des tortures egales a cedes du Sauveur. On I’ajeie dans divers 6tats de folie simulee; puis on I’a tire de la pour lui rendre la memoire et le faire sou/frir alors moralement, au souvenir de tout son pass6. Ge retour de I’intelligence a ete un bicnfait pour lui : il le sera surlout, si Ton peut le guerir de deux symptomes qui subsistent encore, du felt interieur qui le devore, et d’une certaine faiblessc de tete. Ge bienfait, il I’attend du m6decin de I’etablissement. Jl n’es- perepas grand’chose, ajoute-t-il, car jusqu’a preseiitses recla¬ mations ont ete frustrees, et Ton n’a eud’autres remedes a oppo- ser a ses maux que les bains qui amollissentet6nerventle corps, et cette humilianle discipline qui sert a former des esclaves.
Les expressions dont se sert I’inculpe, ses preoccupations iii- cessantes sur sa sante, les hallucinations dont il parie, les ab- surdes accusations qu’il lance, tout, duns ses lettrcs, vient confirmer notre maniere de voir, et completer la thfese que nous avons soutenue. La maladie ne peut plus laisser le moindre doute dans notre esprit ; elle persiste encore aujourd hui au meme degre, et elle se maiiifeste en ce moment avec la meme physionomie et sous des caracteres plus tranches et plus con- vaincants que dans le principe. Il ne nous reste done plus.
M^DEOINE liGAEE.
Hi
avaiit de poser les conclusions definitives de notre travail, qu’ii examiner la question de simulation soulevee par I’arret de la cour, et it nous demander, la maladie n’6lant pas siraul6e, si le fibre arbitre etait assez alt6r6 chez I’inculpfi pour le rendre irresponsable de I’assassinat dont il a ei6 I’auteur.
V. — L'inculpe a-t-il simule ou simule-l-il la folie?
La simulation n’esl pas soutenable, quant aux excentricites de son caractere et aux singularites noinbreuses qui out ete re- marqu6es en lui dOs sa plus tend re jeunesse. 11 n’avait aiicun interfit a simuler ces sortes d’originalit6s ; on pent dire, par suite d’une relation h6r6ditaire incontestable, qu’il est ne, pour ainsi dire, tel qu’on I’a toujours vu, tel que la notori6t6 pu- bliqne I’a connu. Si on I’a dit timbre et a demi-fou pendant de longues annees, e’est qu’il I’etait reellement, e’est qu’il pr6- sentait des dispositions si grandes h la folie, que personno n’a et6 etonne plus tard de lui voir perdre entierement la raison. Aussi, quand I’ev^nement est arrive, toule la ville de Sartene I’a t-il considSrecommele r^sultat d’nn acces d’ali6nalion men- tale. Les declarations des temoins out et6 si unanimes sur ce point, qu’on ne pent croire it une erreur d’appreciation. La plu- part de ces t6moiguages out ete recueillis le meme jour ou les jours suivants, dans les jonrnees du 11, du 12 ou du13d6- cembre; ils respirent la franchise etia verite, quoique einananl en partie de plusienrs membres de la famille ; ils ont ete tene¬ ment spontan6s, qu’il faut repousser toute supposition de calcul et d’entente entre les temoins pour venir deposer d’une ma- nifere si significative et relater un ensemble de fails si caracte^ ristiques.
Quelques temoins seulement ont emis des doutes sur soil 6tat de folie : I’un a declare qu’il n’6tait pas aliene, quoique leger, et qu’il avail eu certainementl’intelligencede son crime i un autre, cousiderant le crime comme le resultat d’un desordre wjora/, soutient neanmoins qu’il merile un chatimeiit s6vere;
MtoEClNE LftGAl-E. 75
nn Iroisienie eiifiii le legardc coiiime plus mdcliant que fou, et le rend responsible de son action criminelle. Mais ce dernier, socur de la malheureuse victinie, reconnait plus lard son erreur, et vient dficlarer devanl les assises que I’accusd est reellement ali6n(5. Ces quelques teraoignages, ii denii n^gatifs, ne peuvent pas avoir une grande valeur, it mon avis, a c6t6 de I’imposante intijoritd de ceiix qui oiu (5t6 si alllirmatifs. Les premiers, pour le in(5decin 16giste, expriment toujours inoins bien la v6rit6que* les aiUres, le public n’eiant pas apfe a appr6cier toutes les nuances de la folie, la niant le plus soUvent, ne pouvant la reconnaitre ordinaireuient que lorsqu’elle existe dans tbUte son evidence, ei qu’elle se inanifeste ext6rieurement par des actes de la derniere extravagance.
Les actes qui out precede reveneraent n’ont pas et6 certaine- nienl I’oeuvre de la simulation : inadame B... I’avait conduit a la cainpagne a cause do son 6tai inaladif. Apres quelques jours de caline, il survient uli nouvel acefis, et on le ramene en ville, plus malade qn’il n’6tait. l.a veille de ce jour nefaste, on cher- clie il le consoler, ii calmer son exaltation ; mais dans la nuitses idees deiirantes I’obsedent plus quo jamais, et, Ic matin, a la suite de la scene dramatique que Ton connait, I’assassinat a eU lieu. Tout cela n’a pu 6tre simuie ; on ne simule pas une scene si caracteristique d’alieuation, unesceneou le desordre mental edale a tous les yeux, et sur la nature de laquelle les temoins lie conservent aucune esptice de doute. Le plus profond et Id plus habile scelCrat n’anrait jamais pu simpler cet ensemble de fails qui s’est produit ce jour-la. Comprend-on un crime prfi- medite, arrivant au milieu du jour, en prfisence de tant do 16- moins, apres les pourparlers qui avaient eu lieu ? l.e crime n’arrive jamais dans ces conditions, et peut-on douter d’un 6tat de folie au moment.de la perpetration du meurtre, lorsque la plupart des fails qui 6tablissenl Cet6tat pr6sentenl une relation si intime avecle pass6, avec les idees cieiiranles dont riuculp6 etait obs6d6 depuis quelque temps?
76 MfibEClNl! tflGALE.
■ Je ne peux pas admettre egalement qiie ses leitres eciiles dans les prisons et dans I’asile aieiU etc inspirees par la simulalion ; il s’est montre, dans Its prisons et dans I’asile, tel qu’il a ete depuis longtenips, avec les memes id6es deliraiiles, avec la ineine convic lion maladive, .ivecleineinedegred’alteration desesfacult6s. Celle systematisation du delire seraitroeuvred’unesceleratesseprofonde el d’une perversion morale horrible, si elle 6tait simul6e. I.e cri- minel le plus endurci liesiterait peut-etre a noircir la r6putation d’unemereetd’unesoeur qui, eii definitive, n’ont joiifi aucun role direct dans cetle triste affaire. Cette invention n’est pas absolu- ment n6cessaire h sa cause, et la chose scrait-elle vraie en partie, qu’elle ne pourrait eu aucuue maniere tletruire sa ciilpabilite. S’il a eu assez de finesse dans I’esprit pour imaginer ce syslfeine de defense, comment, avec lant d’habilele, ne s’est-il pas apercu qu’il deviendrait odieux a toutle inonde, et que la justice n'au- rait plus de pitie pour lui, lorsque ses infames accusations se- raient counties, et qu’il lui serait impossible d’en prouver I’au ihenticite ? 11 aurait du savoir, dans ce cas, que ses d6clarations ne suffiraient pas pour ternir la reputation de sa famille, celle de sa femme entre autres, que la uoloriete publique place au- dessus de tout soupcon. Des accusations ainsi formulees ne peuveut etre le resultat que d’une invention maladive ; elles sent en rapport avec la inefiance qu’il a montree toule sa vie, avec ses premieres idees delirantes, avec tons les acles qui out pre¬ cede ccite sorte de syst6matisation dfi delire. La conviction de I’inculpe, quelque maladive qu’elle soil, est complete ; il parle de ses soupcons parce qu’il y croit, parce que les fails imaginaires qu’il raconte vienneiitjustifier en lui la repulsion dont il s’est cru I'objet, la haine de famille dont il s’est vu viclime. Lesciuel- ques assertions extravagantes et absurdes dont il accorapagne ses accusations vieunent, en definitive, metire en defaut cetle pr6tendue habiletfi, el contribuer egalernent a eloigner toule supposition de simulation.
On ne simule pas si facilemenl un d61ire lypemaniaque de la
AJfiDEClNE LliGALE.
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nature de celui dont I’iiiculpfi esi atteint. Pour simuler les hallKcimtionsqaci'm conslatees chez lui, les symptdmes phy¬ siques observes, la me fiance egarement dontsa physiouomie
porte I’empreinte, les expressions si remarquables qui accom- pagnent le r6cit de ses malheurs, les idees si singuliercs qu’il expriiue a I’egard des teiUatives d’enipoisounenieiit dont il croit avoir el6 I’objet ; pour simuler, en definitive, I’ensewA/e des phenomtines constates, ensemble qui forme un tableau vrai et saisissant d’une forme de folie des mieux caract6risees, il fau- drait supposer a I’accuse des connaissances speciales qu’il n’a pas, qu’il ne pent avoir, quelque instruction qu’il possede. 11 nous serait facile de prouver que les folies simuiees ne presen- tent jamais ce caraclfire. S’il avait voulu m’en imposer pendant sou sejour dans I’asile, il ne se serait pas calm6 sous I’influence de mes observations et de mes conseils, il u’aurait pas toujours eie poll et aimable avec moi, il se serait livre en ma presence a des acles d’agitation ou d’extravagance capables de in’induire en erreur. S’il ne I’a pas fait, c’est que la simulation n’est jamais entree dans ses calculs. L’aliene se plaint souvent qu’on Taccuse de folie, tandis que celui qui veut la simuler n’en prononce jamais ordinairement le mot, tout en faisant des folies, comme on le (lit vulgairement dans le moude. N’oublions pas de faire remarquer que I’inculpe accuse ses ennemis de vouloir le faifc dcvenir fou, de vouloir aneanlir ses facultes par les soulfraucies auxquelles on le soumet. S’il admet qu’on ait reiissi un moment a troublerses facultes pour le rendre en apparence capable d’un assassinat, il ne lui reste plus en ce moment, dit-il, qu’un peu de faiblesse dans I’iutelligence ; loin de se considerer comme il croit avoir acquis aujourd’hui une lucidite qu’il n’a jamais Cue.
line circonstance qui induit souvent en erreur sur le veri¬ table caractere des actes de I’aliimatiou mentale, c’est celle de regarder les alienes comme incapables de toute action raison- nable. On n’est pas ali6ne, dit-on quelquefois, si Ton agit vo- lontairemenl, si Ton raisonne comme les aulres homines, si I’ou
.78 MEDECINE LfiGALE.
SQ conduit dans les clioses ordinaires de la vie avec calinc el reflexion. En parlant ainsi, onconfond le d6lii’e general avec le delire partiel. II est vrai que le fou furieux ne raisonne sur au- cun point, que sa volonte est d6truiie en toule chose, et qu'il agit sans conscience de I'acte anquel il se livre, Mais I'aliene dont le d61ire est partiel, dont le delire ne cousiste le plus ordi-r iiairenjent qu’en uiie serie d’idees prfidoininanles, conserve la faculte de se conduire en apparence coinrao tin lioinme raison- nable,-d’ecrire et de parlor avec precision et luciditfi sur unc foule de sujels, de raisonner en un mol, sans aucune espece de d6sordre, sur les questions 6irang6res a ses pr6occupations iiia - ladives. L’inculpe R... est dans ce cas ; son delire n’est pas ge¬ neral, bien que parfois il se livre a des actes assez extravaganls j il est partiel et ne roule que sur quelques idees pr6doiniiiantes. Aussi conserve-t-ii la faculte de parler et d’ecrire avec lucidite et de se conduire souveiit avec toutes les apparencesde la raison. En donnant la mort a sa feniine, il n’ignorait pas qu’il allait la tuer; il avail conscience certaineraent que son stylet allait lui arraclier la vie; inais c’dtait en ce moment, pour I’inculpd, un cas de legi¬ time defense ; il fallait se dfibarrasser d’unc femme qui complo- tait contre lui, el qui etait liguee avec ses ennemis. Le mobile qui I’a fait agir est certaineraent un mobile maladif, et ce mobile, exerfantsurson intelligence un ernpireabsolu, n’a pu que troubler son libre arbitre dejii bien affaibli, et I’alterer enliereinent dans cptte nuitd’exasperation oil la maladie avail atteintun degred’iu - tensit6 qu’elle n’avait jamais eu. Le memc mobile I’agite encoi o aujourd’hui; quelque conscience qu’il puisse avoir.de ses actions, il pourraitse porter a de nouvelles violences et ob6ir de nouveau , sans responsabilite morale, aux impulsions maladives, quoique raisonnees, que son delire lui dicterait, s’il etait remis en liberty, ainsi qu’il le demande et qu’il le soUicite tous les Jours,
MfiDUCINE EfiGALE.
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D. — GONCLUSIO^S.
]iii deniieri) analyse, il m’est permis inaitileuaiit, ii la suile des considerations niedico-Idgales que je viens d’ exposer, d’diablir avec la plus inliine convielioii; sur I’dlal mental de rjncujpe Titus R..., les conclusions qui suivent :
1" l.'inculpe est no avec unc prddisposition hereditairea la folie. 11 a pr6sent6 de bonne heure des caractferes non douteux de cette grave prddisposilion.
2" Les singularit6s qui onl et6 remarquees cliez lui des sa jeunesse, les excentricit^s qui marquaient la plupart de ses ac¬ tions, les actes peu r6flecbis auxquels il s’est livre toute sa vie, aimoncaient deja une certaine alteration dans ses facultes.
3“ Son alTection cerebrale est allee toujoui's en s’aggravant ; elle a du presenter de nombreuses remissions, pendant lesquelles toutes les facnltes pouvaient paraitre intactes ; raais, s’exaspe- rant par intervalles, elle s’est caractdrisee de plus en plus, cl de vague, iud6cise et irreguliere qu’elle etait dans le principe, elle s’est moulr6e graduellement sous la forme d’un delire par- faitement determine.
Ge delire, quoiqu’il y ait en parfois unc certaine irregula- rile dans les actes et des manifestations extravaganles, est lou- jours reste assez partiel, et n’a roule le plus ordinairement que sur une seule serie d’idees relative a un complot et a des per¬ secutions de lout genre. .
5" Ge delire est une monomanie lypemaniaque des mieux caracterisees. Je I’appelle ainsi, a cause de son isolement etdu caraclere irisle des id6es qui en constituent le foudement.
6“ La maladie ainsi d6terrainee existait d’une maniere bieu evidenle anterieurement li I’eveiiement survenu; elle etait imp6reiuse et dominanle dans la jouru6e du 10 d6cembre ; c’est elle; en definitive, qui, dans la nuit du 11, a 6l6 la cause de la scene qui a precede, et qui a 6te le mobile determinant de la perpetration du meurtre impute a I’accuse.
MiiDECINE LfiGALE.
7° Le libre arbitre etait alt6r6 en ce moment, et, bien que I’inculpe ait eu uiic certaine conscience de ce qii’il faisait, il agissait sous I’influence d’lme impulsion maladive qni le ren- dait irresponsable de ses actes.
8® La maladie a continud dans les prisons ; ellc persisle au- jourd’hui avcc le meme caractere ct le meme degre d’intensitd, quoiqu’il y ait habituellement du calme, de la luciditd el de la raison dans une foule de ses actions. I.e d61ire esl aujourd’bui mieux systematise qu’aulrefois.
9” A ce deiire partiel viennent se jomdre par intervalles quelques acles irreguliers etquelques actions incoh6rentes, an- noncant qu’il survient parfois, dans les facullds, un certain dfisordre maniaque.
10° II n’existe aucun signe de simulation dans les divers ph6nomenes observes. Une experience de vingt annees, con- traclde an service des alienes, ue m’a pas permis de conserver le moindre doute a ce snjet.
11“ J.’inculpe est un homme dangereiix pour sa faraille; ses sentiments affectifs etanl pervertis par la maladie, ii pour- rait se livrer a de nouvelles violenees s’il etait reinis en liberte.
12° L’alTection mentale dont il est atteint pourra eprouver une certaine amelioration, presenter de nombretises remissions, mais ellc persislera loujours it un certain degre une gudrison radicale n’etant gudre possible, it cause de son origine beredi- taire, de son anciennete et de la nature des iddes qui la carac- terisent.
13° S’il doit comparaiire un jour devant les assises, il pourra s’y monirer tel qu’il y a comparu la premiere fois, prononcer des paroles incoherentes on rester silencieux : mais ii ne saura parfaitement qu’on vale jugeret qu’il est appele devant la cour pour rendre compte de ses actions. Son etat mental pourrii lui permetlre m6me de suivre lesdebals avec une certaine luciditd, li moins qu’il ne survienne d’ici la un desordre plus general dans ses facultds. Mais, qu’il soutienne sa cause a son point de
MliDECINE EfiGALE.
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vue, conime le font quelquefois ces sortes d’anenus, on qu’il refuse de repoiidre, il regardefa sesjuges comine des que sa famille fera mouvoir; son proces comme une nouvdle epreuve a subir, comme une nouvdle soufrance a endurer,
14" 11 ne ni’est pas possible d’filablir, faule de renseigne- ments precis snr son 6tat mental pour les diverses epoques dont il s’agit, si les deux tentalives de meurtre des anuses 1850 et 1851, centre son frfere et centre sa femme, out 6te ie resultat d’un trouble c6r6bral ou d’uu acte de m6chancet6. Les mauVais traitemenls auxquels sa femme dtait soumise par intervalles, sans aucun motif reel, n’dtaient sans doute deja pas elrangers a un certain derangement de ses facultes.
15° La tentative de meurtre contre son oncle, dans la jour- nee du 11 deceinbre, ne pent etre attribute qu’ii la meme cause, a celle qui I’avait arin6 contre sa femme. Son oncle etaut, suivaut lui, au nonibre de ses ennemis et de complicity avec sa femme, il est tout naturel, eu le voyant p6uetrer dans la chambre, qu’il se soit jelfi sur lui, suit s])ontan6ment, soit pour se dyfendre contre ses atteintes.
Mes previsions ne se sout malheureusement que trop r6a- lisees : non-seulement il n’est pas survenu la moindre amelio¬ ration, mais le d61ire s’est generalise de plus en plus, et, a la lesion partiellc de reutcnderaeut, qui faisait le caractere domi¬ nant de la maladie, il s’est joint une plus grande incob6rence dans les idees et une foule d’autres manifestations dfeordon- nyes. Apres mon rapiwrt, I’iuculpy a passy plus de six mois environ a m’ycrire cbaque jour une Icttrc et a faire des me- inoires ayaut trait, tantot a son affaire, tautol a sa vie passer, tantot a divers sujels politiques, scientifiques ou autres. Ses ycrits, dont j’ai formy une nombreuse collection, sont gyiiy- raleihent d’une rare incohyrence; ils renferment les plus grandes divagations, et denotent a eux seuls combien la maladie s’est aggravye. Depuis assez longtemps il a cessy d’ycrire; il
AXNAL. MfiD.-psvcii. 3' sefic, t. VI. Janvier I860. 6. 6
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MfiDEClNE EfiGALE.
reste habituellement siloncieux, il sommeille presque tout le jour, ne rfipond a aucune question, ct ue inanifeste ni dtSsir, ni plainte, ni volont6. Cependant, aux quelques paroles que Ton parvient a lui arracher, il est facile de se convaiucre qu’jl est toujours sous I’erapire des inemes preoccupations maladiyes, et qu'il y a en lui, aujourd'hui comine autrefois, malgr6 son 6tat d’aggravation, predominance des id(5ea dfilirantes que nous avons signal6es. La situation aotuelle de I’inculpfi est la justifi¬ cation dc I'opinion quo nous avons soutenue, la justification de la mfideclue 16gale des ali6nes dont les progrfis ue s’arrgteroni pas, malgr6 les efforts de ses d6tractcurs, et cette sorte de sus¬ picion qui la suit devant les tribunaux. Les magistrats qui ont dout6 de la folie de I’inculpfi ne seraient plus eu ce moment dans I’hfisitatjon, et si aujourd’hui, deux aus apres sa compa- rution devant les assises, ils 6taient appel6s surtout a I’observer dans I’asile o£i il est sequestra, ils se ftliciteraient de ne pas avoir appeld sur la tete do ce malheureux une condamnation capltale : d’avoir, en definitive, interrompu le procbs pour eu appeler ii une enquete medicale qui a mis la justice sur la voie de la verite. Il est deplorable seulement, je ne puis trop le redirc, qu’un arret de suspicion criminelle pbse sur la memoire de cot homme dangereux, mais non crimiuel.
UAPPORT MEOICO-JPDICIAIRE
M. LE D' GIRARD DE CAILLEUX.
Folic clrciilalrc. — lUonomanlc ralcipnnaiitc siiivio de iicprcssion ii|(!laiicpll<||ic e( liynoclioiiilrlaquc.
Oro}'aucc 0 line dctcntloii ai'liltraire. — iiinotlon piiliUqiic.
II est des alieiies dont le d^lire se manifeste surtoul par des actes bizarres, excentriquea, par un cbaiigeinciit dans les habi¬ tudes, dans le caractere; mais qui, interroges sur Ipnrs actes, sur leiirs sentiments, donnont les explications les plus sp^cicuses, de inaniSre a faire rejeter toute id6e de folie, a en imposer ii I’opi- nion publique et aux magistrata cliargds de protdger leurliberte ct d’apprecjer leur capacite d’administrer leiir fortune.
Un de ces faits qui offrent a la science in6dico-judiciaire le plus grand intdrct vient de produire a Auxerre et dans le depar- icment de I’Yonne, dont celte ville est le chef-lieu , une sorte d’6motion qui s’est bientot calinee sous I’influence du jugement solide et impartial d'une magistrature aussi honorable qu’e- clairee.
La mere du jeune de C..., atteint depuis longtemps de ce genre de folie, a cm devoir, au moment od son fds atteiguait I’age dc la majoritfi, le preserver centre ses egarements eu lui faisant nommer un conseil judiciaire.
Pour assurer le succes de cette mesure, la famille pensa qn’elle devait placer le jeune de C. .. dans une raaison d’alidnes,
Apres quelques mois de s6jour dans rStablisseraent, M. de C. .. fut appele a comparaitre devant le tribunal civil d’Auxerre, et par sou attitude, ses a-propos, ses raisonnemeuts, (1 en tinposa
MfiDECINE LfiGAlE.
tenement a toute la cour, que le bruit courut que M. de C... etait detenu arbilrairement a I’asile d’Auxerre.
INeanmoins, avant de se prouoncer d’unc maniere definitive, I’honorable procureur imperial (1), en honirae sage et prudent, medemanda un rapport sur I’eiat mental du jeune de C..., qui avail et6 visile par W. le prfifet lui-m6mc , alarm6 de I’etat do Topinion publique.
(I’est ce rapport, qui a eu pour premi^sre consequence la main- lenue dii jeune bomme dans I’asile, puis la nomination du con- seil judiciairc , et enfin la sortie du jeune C.. . et sa reintegra¬ tion, que jc livre h I’inipression, dans I’espoir que la publicito donnee a de pareils fails edairera ropinion, et fera sentir la neces- site on tout au moins la convenance de prendre I'avis des hoin- mes competents avant de porter un jugement precipite et defi- nitif en pareille matiere.
Mapport adresse d M. le procureur imperial d'Auxerre sur I’etat mental de M. de C...
29 janvier 1859.
S’ilestun genre d’alieuationmentale difficile a etre reconnu par d’babiles medecins, et par consequent parrauloriie, qui a pour mission de protegerla liberte individuelle et de prouoncer I’iso- lement dans I’interet de la s6curite publique, de juger la capa- ciie legale pour gouverner la per.sonne et adminislrer les biens, c’est assuremeut celui que nous offre M. de G... sur I’ctal mental duquel vous me demandez un rapport.
En elTet, « tantot, ditEsquirol, dans son Traite sur les mala¬ dies mentales (t. 11, p. 2), les alienes de ce genre ne deraison- nentpas, inaisleurs affections, leur caractere, sontpei vcriis; par des motifs plausibles, par des explications ires bien raisonnees, ils justifient I'etat actuel de leiirs sentiments et excuseiit la bizar- rerie, rinconveiiaiice de leur conduile.
(1) M. Henriquet.
MfiDECINE LfiGALE. 85
n Tanlot la voloiit6 estlesiie; le nialade, hors des voles ordi- naires, est entrain^ & des actes que la raison ou le sentiment ne deterininent pas, que la conscience r6prouve ; les actions soul involoutaires, irresistibles. .. »
C’est pr6cisement dans cette situation que se irouve JI. de C. . . filevfi par une mere d’uue inlelligeuce faible, dont le pere est mort aliene apres un sejour de vingt ans dans la maison de saute de madame Saint-Marcel, ii Paris, M. de C... a, des son bas age, inanifest6 des tendances a la bizarrerie.
Ces tendances se sont accrues d’une raaniere notable ci I’epo- que de la pubert6, qui a ete pour lui le point de depart d’acces alternatifs de inelancolie hypochondriaque et de surexcitation nerveuse avec pr6dominance d’idees de grandeur et de richesse, entrecoupfes par des intervalles de calme et de lucidite.
C’est dans une de ces pfiriodes d’excitalion et de d61ire que nous avons recu de M. A... , inaire de Toucy, la lettre ci-jointe, qui a 6t6 suivie, au moment de radmission de M. de C . . . , du cer- tificat de M. le docteur Roche, dont nous reproduisons dgale- raent la copie (1).
(1) 29 janvier 1859.
Monsieur le directeur,
M. de C...,agede vingt et un ans, fils unique de madame veuve deC de ma commune, donne depuis quelque temps des signes d’alienation mentale qui se traduisent par des actes de toute nature, et entre autres en ce moment par la manie des litres nobiliaircs, par I’idde d’enlrer a rficote militaire sans examens ni autres formalites,par le gout desprdonne d’acquisitions de toute espece. Ces jours derniers, il a fait un voyage a Paris oil il a fait des emplctles pour une somme de plus de 8000 fr.
Enfin sa coiiduite a I’dgard de sa mire, la nression qu’il exerce sui elte pour obtenir la satisfaction de ses goflls, font craindre des actes de violence et peul-6tre des accidents graves.
En presence de cette situation, madame de C... se voit dans la triste iidcossite de provoquer la nomination d’un conseit judiciaire a son fils, et pout-etre mfime son interdiction.
Mais en attendant I’exdcution des formalites judiciaires, elle veut pre- venir la dilapidation de sa fortune, et se mettre a I’abri des violences que
MfiDECINE LfieAEE.
Ces deux pieces prouvent la conduile extravaganlc de M. dc C... et le danger que fait craindre son genre de dfilire conipro^ mettant pour la suret6 persoimelle de madame sa mere et poiir la tranquillite publique.
Depuis son s6jour dans I’asile, M. deC... s’est livre h loiiles sortes d’excentr kites et d’actes bizarres qu’il avait soin le plus souveut de dissinluler aux yeux de ses surveillanlSi Nous avous effectivemeht constak uiie perversiort de sentiments et d’in- stincts qui poussait le malade 'a commetlre ties actes r6prouv6s par la conscience et la raison , expliqu6s par lui avec la plus grande perfidie et une extreme habiletd, mais qui cei)endantj etudks et analyses avec finesse , font ressortir la profondeur et la realile du deiire^
Toutefois, pour apprecier ce deiiroj il faut bien se garder d’isoler les actes et les motifs invoques a leur appui; il faut, an coiitraire, apres les avoir analyses, les reuhir entre eux de ma- niere a former uli faisceau lumineux qui 6clairera la conscience
son fils pent exercer contre elle, et elle a I’intention de le confier a vos soins pendant uii certain temps.
Elle dcHl a M. b... a ce sujet, et me prie de vous prdvenir de ses in- . tentions. Lejeunede C... doit alter demaln a Auxerre; il ita voir M. D... al’asile, et rlefl ne skpposerd A ce que Vous puissiez I'y retenir. M. C..., liotaire et ami de madarfie de C. ira vous tfouVer et voUS raife part dC ses intentions.
je trains fort qUe I’elatde ce pauVffc jeunt lioilinie qUB vBus avez deja, je tfols, vu en consultation, he puisse 6tre amdlibrt ; mUls je ne ddiite pas que vos tons soins he contribuent a le raniener a un ttjt plus cairtie, et a dviter de sa part des excds qui poUrraieht gravefiieht compromBltre, el la sanle persunneile de madame de C..., et la tranquillite pUblique.
Eecevez, etc.
Certifioal du m6deein.
Sur I’invitatlon etl date de ce jour, !28 novembre 1838, qui m’a die faite par madame veuve deC,.., nee C. de L..., de cohstaler I’dlat sani- taire de Id. A. dc C..., son fils, eoUs le rajiport des tbcUlldS intellectuelles,
Je sOUssignd, Edme- Hubert Itdchd, ddCtetir en mddeclhe A ifdUCy, ar-
MfiDECiNE LfeGAtB,' 87
(111 jiige dt portei'a la conviction dalls led esprits les plus pi'6- venus en faveur de la sanile d’esprit de ilL de C...^
Aiiisi, M. de G,-.. se livre, a Toucy et ailleiirs, a loutes sortes d’extravagaiices : il son avec le sabre de son pere ceint a ses c6t(5s, il achete des annes pour ses amis* fait de folles depenses oil disaccord nou-seuleinent avec sa fortune* mais avec le Sens commun ; par exemple, il procure a sa mere des robes de sole de 500 fr. la plOce tjul contrastent avec ses habitudes niodestes (fnadaine de C... effectivcment ne porte ol-dinaireinent que de I’indieiiiie etde la laiiie) j ilfailemplettede fichus brodes, decols pour line demoiselle qu’il veut* dit^il* demander en mariage; il s’habille en olTicler sans etre militaire, et menace sa pauvre mere lorsqu’elle lin fait de sages remorttrances.
M. A. . * * maire de Toucy, prend alors des mesures dictees par le devoir et la prudence, en le faisant placer a I’asilc ; mais, in- terroge sur les motifs qui dnt pu provoquer sa sequestration, M. dec... les dissimule avec adresse. Si M* A..., dit-il, a pro-
rondissement d’Auxerre (yonne), certifie, ce qui d’ailleurs est de noto- ridte publique dans le pays, que mondit sieur de C..., ag^ de vingtetuii ,1 vingt-doux ans, d’urie asSez faible constitu'lioil et d’uii eaVadefe liatu- rellement tiriiide, est, depuis une annSe sUrtout, atteint d’une aberratioh dans les idees, caractdrisee tantdt par des symptOmes d’hypochondrie rae- lancolique avec depression et delire, tanlOt par une surexcilation des fa- cultes inlellectuelles, aberration qui, dans Tune comme dans I’autre de ces circonstances, entrafnd cet individu a se livler a des actes exceir- triques les plus repraheBsibles, et qui tendent a compromettre, non-seule- raent la tranquillite et la fortune de madame sa mere, mais encore I’hon- neur et la reputation de plusieurs- personnes qui I’entourent ou avec lesquelles il a des relations.
De tout ce qfti prdcdde, le stfussigne, qui, pour S6 confotmet a I’art. D, § 2, de la loi du 30 juin 1838 sur les alienes, declare qu’il n’est ni parent iii allL6 de la famille de I’alicne, ni I’un des chefs ni proprietaire d’aucun dtablissement d’alienes, eslime que M. de C... doit etre place dans une maison specialement destinee a la surveillance et au traitetnent des affee- tions mentales .
Toucy, C0 25 novembre 1858.
RoGui), D, M.
88 MfiDEClNE LfiGAlii.
voqii6 son admission dans I’asile, c’est par un motif de liaiue et
de vengeance personnelle.
M. A... n’a-t-il pas perdu en appel un proces inlentea ina- dame de C. . , , et pour se venger de cet ^chec subi par son amour- propre, n’a-t-il pas obtenu la reclusion de son fils? Il est facile ici de faire reinarquer que le caractere de M. A... est trop bien connu pour qu’on puisse supposer qu’iin proces de police muui- cipale de 1 A b 15 fr. , perdu il y a deux ans, et auquel peut-eti-e ce magistrat est restd etranger, ait pu determiner un fonclion- naire de cet ordre, membre du conseil general depuis plus de quinze ans, jouissant de I’eslirae publique, a commettre un pared acte soumis au controle de I’opinion publique, a celui de la magistrature et des medecins.
De plus, la mesnre prise dans cette circonstance par M. A... est en complet desaccord avec le motif qu’on lui prete, puisque, au lieu de se venger de madame de C. . . , ce qui lui serait si facile en laissant son fils dilapider sa fortune, ce magistrat provoque I’admission de son fils dans une maison de saute et favorise la nomination d’un conseil judiciaire. Mais M. de C..., r6fut6 sur ce point, se rejette sur un autre argument, et se contredit bien vite en ajoutant queM. A..., en I’dloignant de Toucy, a eu pour but de sfiduire sa mere afin de s’emparer de sa fortune, motif dont on pent apprdcier la valeur.
Dans sou certificat, W. Rochfi constate tjue M. de C... est at- teint d’un genre d’alienation qui I’entraine a se llvrer a des acles cxcentriques les plus reprehensibles, et qui tendent a compro- meltre non-seulement la tranquillite et la fortune de sa mere, mais encore I’hormeur et la reputation de plusieurs des per- sonnes qui I’entourent et avec lesquelles il a des relations.
Invite b s’expliquer sur le motif qui a pu determiner M. Rochd bdelivrer un pareil certificat, M. de C. . . repond que ce docleur a alterd la veritfi par deux motifs : le premier, parce qu’il a refusd ses conseils et fait choix d’un autre m6decin, de lb une jalousie bien naturelle ; le second, parce que M. Rochd, n’etant pas for-
MfiflECmti liGAr.E.
89
tuii6, a ete corrompu par une sonirae de 300 fr. on de 1000 fr. qui lui ont fait d^livreruii certificat de complaisance. Or, il est facile de faire reraarquer quc, non seuleinent la reputation de M. Ro¬ che est trop solidement etablie pour qu’une semblable imputa¬ tion puisse I’atteindre, mais qu’il est reste le m6decin de madame de G. . . , qui ne cesse pas de le consulter pour son fils.
Pour croirc , en outre , a une semblable complaisance, n’est-il pas necessaire d’admettre une entente prealable de M. Rocli6 avec les autorites locales , le medecin de I’asile et les persomies honorables qui ont prete leur concours k I’enievement de M. de G. .. et k sa sequestration dans I’etablissemeut? Ne faut-il pas encore supposer que 51. Roch6 ignore la loi du 30 juin 1838 sur les ali6n6s, loi que tous les mddecins, et surtout iin m6decin mal- intenlionne, doit connaitre? Loi qu’il connait, comme le prouve le dernier paragraphedeson certificat. Deplus, commentles premiers magistrats de Toucy et les mMecins, voulanl faire passer M. de G. . . , sain d’esprit, pourun'alien6, engageraient-ils sa m6re k pour- suivre la demande d’un conseil judiciaire devant les tribunaux?
Les motifs invoques par M. de C... centre I’honorable doc- teur Roch6 sent done d6pourvus de raison.
51. de C..., entrd a I’asile d’Auxerre, y reste deux mois, pendant lesquels il est I’objet de soins attentifs et bienveillanls. Durant celle pdriode de temps, il se promfine en dehors de I’dta- blissement, prend part aux exercices publics de distractions, se tiouve plusieuis fois en rapport avec I’autoritd administrative, el la pensee ne lui vieiit pas de i •^clamer sa sortie k qui de droit. Le medecin en chef de I’asile d’Auxerre d^livre uu certificat conslatant que M. G... est atteiiit de folie circulaire , caract6- risfie par uii d61ire ambiiieux et de richesse, avec excitation, in- somiiie, etc. , et suivi, aprSs une p6riode de calme et de luciditfi, d’uii d61iie hypochondriaque et melancolique ; les pkriodes d’ex- citation et decollapsus s’accompagnentd’hallucinations de I’ouie et de la vue. Le mSme medecin envoie un second certificat con- firmatif du premier, el alTirmant que le malade se livre k des iddes
M^DEClNfi lifiGALE;
(jt a des actes faizarres (?ii disaccord souventavede sens dommuii; et cotntnis soils rinllnence du d6liie dfes ricliesses et des grandeurs.
Appel6 ii discutersur les motifs qui out d6termint5 In mfidecin en chef de I’asile a d61ivfer des cerlificats qui constaleht son alienation rtieiitale et qui deniandeiU sa niaiiltenue dans I’asile, M. de C. . . se defend en pr6tendantquei interessedahs la bouncgestionderasilej le taedecin desii’Gj aux depens m6ine de sa conscience, de sa re¬ putation, et uonobstant les peines infamantes qui sont attachees ii nrte detention arbitraire, conserved un pensioniiaire a 2400 fr, plutot que de faire justice en le rcndaiit a la liberte. On laisse le soln d’appreeief un semblable motif, en faisant ressoftir com - meutj en pared cas, le medeciii a pu prescrire des promenades eil dehors de la maison , et comment M. de G. . . n’a piis mis ce fonctlonnaire et les autorites competeUtes en demeure de le fail'e sol’tir de I’etablissement, quand naguere encore ai. le pr6fet Visitait le pcnsionnat ou se trouVait alors le malade ?
inteiToge encore sur les motifs qui ont pu dOterminer le doc- tetif Marie a coliseiller I’admission dans un asile d’alien6s, M. de Gi.. rfipond que ledocteur, quiestveuf, voulait se dfibarrasscr de lui pour epouser sa mere, et s’emparer aiiisi de ses biens. Pour quiconque connait le caractfefe honorable et la position sociale du dOcteur Marie, ainsi que I’age et la situation de nladame de C. i . i cette assertion est faussp.
Mais arrlvons ftux faits et gesles de M. de G... dans I’etablis^- sement.
DepUls son sejour dans le peiisionnat, ii excite les raalades a la rOvolte; il leur. dicte des letlres declainatoires centre I’aclini- nistratioii et contre le mfidecin. II traite ce dernier de la mauiere la plus inffime.etva. cherCherdans son imagination der6gl6etoUt ce que la plus nOire calomnie pent dufanter contre ses surveil- lanls et ceUx qUi lui donnelit des soins. 11 inauifeste par pcrit I’intenlion formelle de poursuivre sa mere en Interdiction et de la privet' de sa libertO ; il la traite de spoliatrice et d’incapable^
: elle qui lui a prodigue les soins les plus tendres et les plus deij-
M&I)EdlNE litGAtiE. 91
cats, qui n'a vOcu qlie pour cachor ses faiblesses et rfiparei'Ses fautes au detriment de son repos et de sd fortune.
11 commet les actes les plus bizarres et les plus mdcbaiiis pour en faire rejeter la faute sur ses compagnons d’itifonuue et sur ceux qui le surveilleul ; il explique tout cela par des motifs sp6- cieuxi mais qui ne peuvent souffrir I’epreuve de la rdflexioiij taut ils sent mobiles j contradictoires et ddpourvus de raison. Ainsi, s’il dechire ses vetements eu lambeauxj c’est tantbt parce qu’on le conduit au bain et qu’il conslddre que les bains lui solit ndi- sibles; lanlot parce que c’est dcshOuorant d’avoir des vfitemenls qu’on a portds dans une maison de sanld ; tautot encore pour prouver qu’il a de quoi en acbeter d’autres; tautot enfiu parce qu’il en a besoin en guise de papier.
11 enfonce I’opeicule et la grille par lesquels I’air exterieur chaulTe par un calorifere cst ddversfe dans sa chambre) et il vent en faire supporter la peine a ses commensaux;
11 jette dans le cbnduit de chaleur ses tales d’oreiller ; il nie d’abord le fait , puis convaincu , il repond « qu’il faut bien que jeunesse se passe et que noUs commettons lousquelques exten- tficitds et quelques raalicesi •> 11 jette dails Jes lieux d’aisances une de ses paiitouflcSi il nifc d’abord cet actej se plaint ensuite du ddsordre qui regne dans la maison * puis il en coiivieut, et I’explique en disant quo <i cette pantoufle n’avaitpas une grande valeur (elle dtait presque neuve); et qu’il faut bien faire des eiir grais ; que le cuir et la laine sont parfaits pour cela* et qu’il est I’ami de I’agricultUre. o Plus tardj il jette sa seconde pantoufle dans le feu, parce quOj dit-il, elle lui est inutile.
A table) il fourre dans sa poche des morceaux de Viandes re¬ lies, et se plaint que sa nourritule eSt inSOiiisautei On lui fait observer qu’il en laisse sur son assietle et qu’on ne s’explique pospourquoi il eu cache dans son pantalori ; il repond alorS qiie c-lest pour avoir le droit d’etre servi une seconde foisi DanS sa chalnbre, il brise les Vitres de sa feUetre a trois repiises diffe- rentes et se plaint du froid qui y rfegue. Interrog6 sur cet acte
92
Mf;nECINE L^lGAtE.
bizarre, il s’excuse eii disant que c’est tantol parce qii’il veut se procurer de I’air, lanlot parce qu’on le retient dans I’asile, tantol enfin parce qu’il a ase plaindre de son surveillant. Je ferai remar- quer que sa chambre esl vaste, parfaiteinent a6r6e, et que le ma- lade n'ignore pas que ces bris sont a sa charge ; qu’il doit savoir, en outre, que de pareils actes sont plutOt propres a confirmer le soupcon d’ali6nalion inentale qu’a le dfilruire, et par consequent a le faire maintenir dans I’asile; et qu’enfin son surveillant est plein d’dgards et debont6 pour lui, comme M. de C... I’a aHirine spontanCment a M. le pr6fet lui-meme. D’ou il suit que les actes de SI. de C... sont d6nues de sens cominun et les motifs invo- qu& par lui, quoique specieux, priv6s de raison.
Il se dit riche a dix mille livres de rente, et son notaire alTirme qu’il lui reste a peine un capital d’une quinzaine de mille francs, dont la possession pourrait lui etre contest^e par sa mere ; il se dit marquis, comte, et sa mere aflirme que sou pfere n’a jamais ‘porte aucun titre, quoiqu’il fut noble et chef d’escadron : elle croit ineine qu’il n’y avail aucun droit.
Il est facile de voir, par cet expos6 succinct, que toute la con- duite de 91. de C... s’explique'par des convictions d61irantes de vanit6 et de richesse, avec perversion de la sensibilite morale; e’est-a-dire qu’il se croit possesseur de titres et de richesscs imaginaires, qu’il prend en liaine ou en aversion tous ceux qui tonlrarient ses idees etses caprices, et met tout en oeuvre pour les perdre. Voilii au point de vue moral.
Si maintenant a cctle serie de faits psychologiques nous ajou- tons les phenomeues physiques, nous trouvous :
- 1° Que la physionomie, les gesles, I’attitude du malade expri- menl I’agitation, le d^sordre. Il est loquace, parle de lui avec tine haute pretention, et, en se comparant aux autres, quelque haut places qu’ils soient, il conserve sur eux les plus grands avanlages.
La face est rouge, animde; les yeux .sont brillants et fuient le regard de ceux qui I’interrogent ; l’app6tit est capricieux ; il y a souvent de la constipation.
MfiDECINE LEGALE. 93
On couslale de I’insoninie; le inalude est sans cessc en inou- veinent.
D’aprfes les r6cits qui ont et(5 fails par les personnes les plus honorables et les plus dignes de foi, et d’api es ce que nous avoiis pu constater nous-raeme, a cel etat d’agitation et de d6lire des grandeurs et des richesses succede d’abord une p6riode de lu- ciditd et de calme, puis uu profoud collapsus moral et physi¬ que, avec d6pression de loutes les fonctious. Le raalade s’isole, se croit alors ruin6, pers6cut6, lourue en ridicule et menace dans son existence par une maladie inorlelle; sa saute le preoccupe de inaniere a absorber toute son intelligence et ses soins. C’estdans nn seinblable 6lal que nous avons pu I’observer avec les docteurs Marie et Roch6, lorsque nous fumes appeMs I’annee deruiere a Toucy, pour rexaminer el donner notre avis sur sa situation.
II rt*sulte done pour nous, ded'exameu de ce malade, qu’ilcst atteint , comme nous I’avons dit dans notre cerlificat d’ admis¬ sion, de folie circulaire actuellement dans la periode d’excitatioii, e’est-h-dire dans la pdriode de raanie raisonnanle.
Mais cette folie est-elle de nature a exiger la maintenue de M. de C... dans un asile d’alienfe?
II sulBt de connaftre les actes de violence auxquels ce malade se livre lorsqu’il rencontre une opposition aux moindres de ses desirs, surtout avec les elres qu’il juge plus faibles que lui, pour etre convaincu que ce n’est pas sans danger qu’il serait i-endu a sa mere et a la liberie pendant la periode d’excilalion. On en voil la preuve dans une lettre 6crite a sa mfere, et qui deja laisse entrevoir ses sentiments de haine et de vengeance contre I’au- leur de ses jours.
On comprendra, eneffet, quedfes que la raison et la volontesont impuissanles ft r6gler les idees, les passions et les actes, on puisse conimeltredes actions funestesdont on nesaurait subir la respon- sabilitd, mais quo la prudence de I’auiorit^ comp6tente doit pre- venir par de sages raesures iudiquees par la loi du 30 juiu 1838.
C’est dire suffisamment que je considere M. de C... comme pouvant porter atleinte a la s6curite publique, non-seuleraeiit
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par la peifidie de ses meusoiiges et de ses caloiiiiiies, niais encore par des actes dangereux , tels que coups , blessures , incendies, port6s ou commis dans I'Qinbre, comme il le fait le plus souvent dans I’asile. Apisi, nous avons dejii plus d’une fois pn constater dans le pensionnat qu'il avail frapp6, sur le motif le plus fri; vole, des ali6nes qui siSgeaient a table a ses cotfis ; et tout nous porte il penser, avec M. A... et le docteur Roch6, quo I'on est en droit de redouter, dans sou 6tat d’excilation, des actes de violence et ties accidents graves.
Ce malade doit done etre actuellement niaintenu dans une maison de santd.
Veuillez agrAer, etc.
SI. de maintenu dans I’asile par un arret6 prefcctora|, cp a et6 retire jjar sa faraille le 23 fevrier 1859, sur la deinande et sous la responsabilile du maire de Toucy. Apres uu court sejour dans son pays, pendant lequel, surveillfi de pr6s, il a dclaire I’opi- nion en se livrant ii toules ses excentricitfe, M. de G,., a 6t4 re¬ place dans I’asile par sa mere, d’apres I’avis de sou Qonseil judiciaire, le 8 mai 1859.
La lettre suivante donnera ime id6e de sa conduite pt de sa situation :
Monsieur le directeur,
J’ai I’honneur de vous adresser : Un cerlifical de W. le docteur Roche, concernant Tdtat mental de M. de C. .., que vous cohnaissez.
Une demande d’admission dans votre etablissement, par sa mSre.
Je vous prie d’envoyer cheque tnatin a I'lidlel *** pour savoir s’il est a Auxerre, et, par un mpyep quelconque, le faire vepir ii I’asile et I’y tqnir renferme.
Tout le monde ici le considere comme tres dangereux ; il est temps que cela finisse. Ceux qui ont critique sa premifire admission sont les premiers a reconnaltre aujqurd’bui qii’un avait sagoment.agi.
M. de C... sera a Auxerre ce soir ou demaip prubahlement ; il ust part) ce matin de cHez sa mere, aprds avoir tout brisc.
Recevez, etc. St,i7nd C..., notairo.
P.-S. — M. deO... cherchera a s’dchapper parlous les moyens possibles.
Tpucy, a mai 1859. .
ETUDE MEDICO-LEUALE SUR L’HYSTERIE
U DEQUE DE EES|>ONSApiLIT|j DES IITST^UipES ET DES AM|N£S DEVANT lA LOI, A L’OCCASION D’DN PROCfes RECENT,
Personno iie met on douto aujoui'd’hui I’utilitd de I’qptilude speciale des medeciiis dans les questions judicjaires i leur inter¬ vention dans les d6bats m6dicQ^l(5gaiu n’est pins, cpinmejadis, une politesse des tribunaux. G’est uu droit justement acqnis, Leur role cst d’ajouter aux lumjeres naturelles de la raison le tribut d’une connaissance intiine et profonde dn coeur hiitnaiu, et de pouvoir sainement apptAcier si un acte a et6 cominis sous I’empire de la passion, on s’il doit renlrer dans le dpmaine de la folie.
Entre ces mots passion et folie , entre la responsabilitS on i’attenuation de responsabilite e? I’exondration de toute p6nalit6, les medecins-ldgistes, les raagistrats et les jures ont malheureu-^ sement fitabli une fpule de nuances plus ou mpi'ns discutables : de Ih leur frequent disaccord.
La cause premiere de ce regrettable etat de choses est ipscrite tout au long dans nos fastes judiciaires, et nous p’aurpps pas beaucoup de peine h la faire ressprtir, Jetoiis pour cela un rapide coup d’oeil r6trospectif. sur quelqiies pages de rhistojre de la justice criminelle e.n France.
11 y a un peu plusi do trentu aiip, a prapos d’un proces tris,tOj
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MfiDECTNE I,£GAI.E.
meiit c6l6bre, un avocat, inconnu alors, et qui deviut plus tarcl Tune ties gloires du barreau de Paris, M” Paillet, se pr6senta a la barre d’line cour d’assises, et invoqua pour la premiere fois, comme moyen de defense, une l&ioii des facultds de renteii- denient chez l’accus6 eu faveurduquel il avail mission de porter la parole.
Cette innovation, aussi bardie qu’inipr6vue, etait pour I’avocat le fait d’une conviction profonde, I’expression de sentiments jnstes et g§ndreux, I’^lan spontan6 d’nne foi sincere. 11 y eut grand 6moi au palais.
Mais comme les meilleures choses ont leiir mauvais cote , il arriva bientot que les defeiiseurs des causes desesperees, sans se prdoccuper des consequences de leur legeretfi, se mirent ii la poursuite de raccjnittement avec le zele Ic plus immodere, en basant trop souvent leur argumentation sur les motifs allegues par M' Paillet. Le jur6 ue rencontra plus alors dans I’exercice de ses fonctions, dejh si difficiles, qu’une source d’incertitudes et d’embarras ; le magistral, un moment 6branle , se retrancha derriere une incrMulite impassible et quelquefois biamable; enfm le m&lecin, compromisparl’avocat, vit bientot son l6moi- gnage taxe d’exageration, d’incomp6tcnce et de quasi-nullite. Voiia oil conduisit Tabus !
Il ne fallut pas moins de quinze on vingt ans pour qu’une I’daCtion salutaire s’opiirat en faveur des medecins spdciaux; et c’est parce qu'ils ont donne pendant tout ce temps des preuves irr6fragables de savoir, de discerneraeiii et de probit6, que MM. Ferrus, Baillarger, Parchappe, Galmeil, Tardieu, Moreau (de Tours), Brierre de Boismont, Aubanel, Girard de Gailleux, Morel, et plusieurs autres encore, se presentent aujourd’bui de- vant la justice entoures de ce prestige dfl a Tautorite scienti- fique, et que leur deposition exerce une si grande influence sur les decisions des jurfis.
Dans la plupart des grands proces crimiuels, il y a une ques¬ tion de medecine legale & debattre. S’il n’eii existe pas, Tavocat
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cssnye d’cii iiUi’oduire. Ses efforts se coacentrent alors stir ce point rendu litigieux a plaisir ; les temoignages des ni6decins sont mis en contradiction les uns avec les autres; les auteurs, depuis le pere de la medecine, sont cites, analyses, commentes, r&um^s et surtout jug6s ; puis, lorsque la male eloquence d’un inaitre de la parole les a malicieusement accables de ses traits les plus acerfis, le doute a et6 jet6 dans les esprits, et tres fre- qnemment le verdict du jury en subit I’influence.
En principe, tout individu qui a execute auec discernement un acte illicite et incriminfi par la loi doit 6tre puni. La loi p6nale, comme I’a bien exprime M. Molinier, professcur de droit crimincl it la Faculte do 'I’oulouse, a pour mission de pro- td'ger riltat , les institutions politiques , les personnes, les pro- pri6t6s, centre les attentats qui violent les droits et qui mena- cent la securite publique. Mais a c6t6 des garanties qui out dte donnees a la socidtd, il existe heureusement une mesure tut6- laire qui abrite I’insensd; et c’est ainsi que I’article 64 du Code pdnal rend indemne tout individu en demeuce an temps de Taction. Le mot demcnce, hatons-nous de le dire, a dte em¬ ploye par le Idgislateur comme synonyme de folie. II a en palbologie mentale une autre signification. L’irrespousabilit6 de Taliene devant la loi est un des plus grands bienfaits de la civi¬ lisation, et cette conquete moderne est precieuse en cc qu’elle sauvegarde les interets et la vie d’un certain nombre d’individus, cleves aujourd'hui a la dignite dcmalades, et que tiaguere en¬ core on accablait de mepris et de tortures.
Ge n’est plus maintenaut Tapplication d’une peine infamante que Ton oppose a une obliteration des facultfe intellectuelles qui a 6t6 la cause originelle d’un acte justiciable des tribnnaux, niais bien les soins eclaires d’un mddecin special et Tinterne- ment dans un asile oii les murs memes, selon Texpression d’Es- quirol, sont un remede contre la folie.
Gela pose, Thysterie a-t-elle droit aux benefices del’art. 64 du Code penal ? II y a quelques jours a peine , la rfiponse ii cette ANNAL. mSu.-I’SVCu. 3' sci'ic, t. VI. Janviei' 1860. 7. 7
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question eftt et6 universellement negafive, cl aHjourcl’liui void que le clouto a tentu de se faire jour ! Discutons les fails, cl ta- chons d’arriver h des conclusions compatibles avec les iiUcrels de la raigon , de la justice, de la science el de riiumanite.
Avant tpute chose, nous voulpns profiler d^ I’occasion qui nous e^t pllprte ppur elucider I’une des circonslances eliologi- ques de !a maladie, car qn a odieusement calomnie les hysteri- ques, cl I’on a voplu expliquer I’incouduile, riminoralile el les deplorables consequenpcs qn’elles eiitrainenl souvcnt apres dies cqmjuc upc resullanlc qbjigee de la nevrose, el ces inenics ecarls cqpnne rasspiivissenienl necessairc du ii un dereglemcnl sensucl.
Qu’csl-ce que l’byst6ric?
O’esl une maladie aussi anciennc que Ic mondc,_cl qui n’est que I’expressfon d’qne susccplibilite sp6cialc du sysleine nerveux. « Innumera acgiclentia sub, se comprehendit », a dil Galicn. Excessivemcnt rare chez riiomine, elle esl, au conlrairc, ires frAqucijtc chez la feinine. (;’e?it ii cc point quo ZiO cas pour- raient etre ii grand’peine observes dans tout Paris pour le sexc masculin, tandis qu’il y a bien peut-etrc, entre Page de trcize a trente cinq ans, 50 000 femmes hystdrique^, dont .10 000 onl des attaques !
Les causes ep soul multiples, et cepeudant il en esl une qui, a tons les degres de I’echelle sociale, a loujours joui d’un grand credit, ayant et depuis Hippocrale; les esprils les plus dcvds s’y laissent pi endrc sans cesse, et le pr6juge iraditionuel, bien que lie reposant sur rieq de bien serieux, a Icnlement chcinme a tfayers les ages, et esl arriv'd jusqu’a nous coinme la plus im- muable dos veriles. Les phllosophes et les inedecius out cux- inemes puissamraeiit cpntribue ii asseoir ceKe opinion, quo la coptin^nce est la rpere de Vhijsterie. Nous nous unissons a M. Briquet (1) pour repousser enei/giquement une croyance
(1) Trails cUniquo el Ihe'rapeulique de I’hyslerie. Paris, 1839, 1 vol. in-8, a la litirairie dc J.-B. Baillicre et Fjls.
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cjui laisse planor sur la femme |e soupcou cl’un iiistinct _au§si degradapt, pt qui iie tendrait rieii Qioins qu’ii faire du lijjerli- iiagc line formiile dela lh6rapeutique. Laissoiis a Platop la res- ponsabilitc de celte phrase : o La ipatrice esl iiii anima} qui veiU ii loutc force concevpip, et qui enire eq fupeur s’jl ne cou- cojt pas n ; et voypns daos rhysterie qplre chose qu’piie ipaladie lionleuse, autre chose que Venus toiffe entier^ att^cl^ee a sci proie.
fas plus que les autres femnies , les veuves ne spiit exposees a riiystdrie ; et quand nous yoyons des jeunes filles de treize et quatorzcans, noirpuberes encore, eprouver un senliipent de suffocation, de pl6nitude vers I’estomac, un agacement nerveux IndeDnissable, accuser I’existence d’une boule qui leur monte- rait a la gorge, puis soudain se rotifer ii terredaiis tous les sens, poiissant des cris, cassaiit et brisant les objels qui leur loipbent sous la ipain, et s’abanclonnant aux mpuvements les pkisdesor- dounes, auron^-noqs Taudace d’attribper a I’abstincnce des plai- sirs de I’amour Ipiit ce cortege de syntptomes? Wais si Ton admettait ce dogmp des dappers de la continence, le therapeu- liste logique deyrait done faire deflorer sa fille a I’age de treize ans, afin de remddier ii un apees precoce d’hystfirie; ou bien, lui douuant it entendre qu’il existc des moyens cojlateraux, il devrail done lui livrer le secret des attouchements lascifs, comme il pourrait lui prescrire uiie pilule de camphre associc a ropium ?
Non, il n’est pas yrai cjiie les organes g6nitaux, une fois arrives a leur complet developpement, aieut fataleineut besoin i^’entrer en exercice sous peine d’hyst6rie. Nous coiiviendrons seulemciit — et sur ce ppint nous aypns depuis longtemps la meme opi- nipn que M. Briquet — qp’il peut advenir, mais dans des linutes excessiveuieiU ch-conscrites , que dps jeunes femmes dont les sens spilt allurods ppr la lecture d,e livpes obsceiies, par des con¬ versations dissplues Qu par ja vue de lubriques images, presen- teiil du cql6 de Tappareil sequel uiie ardeur qui sollicite de
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MfiDEClNE EEGAEE.
desil’S violeiits, et que dans ce cas la privation de rapports physiques communique a I’enciphale, oil aboutisseut toutes les sensations, une excitation p^nible de laquelle naitrait I’hystfirie;
' cela est vrai , mais g6neralement les clioses ne sc passent pas ainsi. (,e sont les passions et les affections morales tristes, telfcs rf'ffSqnc Vennui de la servitude ou d’un travail inaccouturac , les flrc'oceupations d’uiie existence precaire, les tracasseries prove- liaisons illicites, les inquietndcs , les contrarieties, les J \ revpca de fortune, les attachemenis ddgus, la nostalgic cl sur* / Viiflh jalousie, qui, faisant d’ordinaire tons les frais de la pro- f/^afer^s^oc^iUon hysterique , relegueiil au dernier ])lan la supremalie Irop' souvcnt mise en cause, de I’appelit g6nesiqnc.
. - ' Les m^decins, frequernnient consultes par des families sur la question de savoir si le manage niellra fin a des crises convul- sives d’bystieric, ne nianquent h pen prfes jamais de fairc conce- voir de Ires grandes esp6rances, on meme d’affiriner en pareil cas la complete disparilion de tons les accidents sous I’influencc des rapports conjugaux. C’est lit un grand tort; car le mariage ne guerit pas plus I’hystcrie que I’^tablissement de la menstrua¬ tion lie rem6die aux attaques d’dpilepsic cliez la jeunc fillc atteinte depuis son enfance du mal d’Hercule. Une femme liys- tdrique avant son mariage, reste exposee aux memes manifes¬ tations nerveuses, alors que cependant elle vient it recevoir d’un inari jeune et plein de sanlO les marques de tendresse les plus susceptiblcs de ’donner une ample satisfaction a ses sens. Que cette meme fcranic soit rendue une ou plusiettrs fois mere, et sa nevrose ne cedera pas davantage : c’est aux progres de I’age que sera du le retour ii la saute.
Un dernier mot maintenant a I’endroit des perils qui r6sul- tent de la continence. Contrairement ii Topinion emisc par Parent-Duchatelct,-ct en dernier lieu par M. Landouzy, ,11. Bri¬ quet, aprfcs s’etre muni de renseignements ties exacts ii I’hopital de Lourcine.et a la maisoii de Sainl-Lazare, et s’appuyant sill¬ ies ttmuiguages de MM. les docteurs Besancon, L. Goupil, de
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la Morliere el Boys de l.oury, avance ce fait, que la moilie ties filles publiquos de Paris soul hysleriques. La question nous parait jugee ; passons outre.
Nous cu somines arrive inaintenant a nous demander si, en these generale, I’hysterie enchaine la libertf; morale, et si une affection qui prend sa source dans une susceplibilite particuliere du sysleme nerveux, et non pas dans une nialadie nieutale, pent exclure la culpabilit6 et transformer un crime en un simple dfilit ?
II est 6vident que I’liyslerie va bieu (‘branler un peu l’6difice de nos facultt's proprement diies ; aussi, pour ne laisser d’6qui- voque dans I’esprit de personne, devons-nous au prfialable d6- linir cc qu’on enlend par facult(5s, et montrer de quel ordre de faciiltes la maladie est susceptible de troubler I’exercice. Eh bien, en envisageant I’horame sous le point de vue physiolo- gique el psychique, nous voyons que deux ordres de facultds se soot donne rendez-vous chez lui : les facultes alJectives et les facultes inlcllectuelles. Aux facultes affectives se raltachent les phenomenes qui expriment un amour, une propension pour ceriaiues choses, et une haine, une rfipulsion pour certaines au- tres. Se livrer a ses facultes affectives lorsqu’on est d’ailleurs sain d’csprit, c’est d6ferer a I’iinpulsion passionnelle ; c’est subor- donner de son plein gre et en connaissance de cause les actes de la vie a la satisfaction de ses d6sirs.
Aux facultes iutellectuelles est devolu le don d’eclairer les ddtermiuations de la volonte, el de faire ressorlir la conformite ou la disparate des actions avec les preceptes de la morale. Elies decelenl en outre les consequences de chaque acte, h raided’un jugement base sur robservation et sur rexp6rience.
D’apres les consid6rations qui precedent , on a dejii compris que riiysterie pouvait 6nergiquement retentir sur les facultes alTectives, et finir par en amener la lesion, tiiais que les facultes inlellectuelles restaient d’ordinaire intactes. 1 a raison assiste h la mine du coeur, mais ellc lui survit.
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Le trouble affbclif esl constiliiu aii premier degre par les pas¬ sions, au Second par Vetat de foiie. Les passions etanl seules mises en cause dans rhysterie, et raffectivit6 dans cetle maladie ii’elant oblitfiree qu’au premier degr6, nous ne nous preoccu- perdns point de I’elat de foiie, auquel I’hystiirie nc conduit que jiar le fait d’une exception prodigieusement rare.
Si les passions laissent a la loi toute sa libertd d’action en ma- tifere de repression, il il’eli est pas moiils vrai cependant qu’elles sont une cause ties frequeiite d'attenuation de responsabilite, et ddiis certains cas, Coiiiius de tous, d’exoheratioh absolue de toute pfenalite, lOfsqu’il S’agit, par exemple, du meurtre de Tepouse apri's coustatation du flagrant debt d’adultere dans le doiriicile conjbgal, on bleu du crime de castration immediatelnent pro- voqu6 par Uii outrage violent a la pudeur.
(Jomme personne ne saurait, a un moment dOnne, se flatter de pouvoir maitriser un de ces mouvemenls iinpetueux de I’ame sous I’empire instantan6 duqiiel un acte vient a 6tre commis, la justice, avant de faire une application des rigueurs de la loi, a rbabiUide de se demander si, au temps de I’actioii, il n’y a pas eu eclipse partiellede la raison, et, le cas eclieant, elle fait jouir I’acCuse du